Objet perdu

Idées - Fictions - Images

 
  • Album collectif, 386 pages - 
  • Format : 220 x 280
  • 236 illustrations noir et couleur -
  • Prix : 29 euros
  • Parc (Lachenal&Ritter), 1995
  • Parc : 1997
  • ISBN : 978 2-912010-08-X
Le corps et le Monde, sous la dir. de J. Gelder,  F. Hadjadj.
Proches coll. : M. Houellebecq, M. Tibon-Cornillot, D. Noguez - S. Zagdanski

(Disponible chez l'éditeur & comptoir - cf.plus bas)

Extraits :
 
Sommaire
Glossaire
L'Hospitalité du désastre
L'hominisation comme maladie
Les limites du jeu

 
© Parc & auteurs.

UNE SOMME POUR LE MONDE D'AUJOURD'HUI

 

Sommes-nous une espèce finie ?
Finie parce que notre apparition dans l'univers était condamnée par avance ?
Et de surcroît finie parce que «l'humain» aurait épuisé l'homme ?
Le corps est-il le bastion d'une ultime sagesse ?

 

Peinture : Eric Roncerel, 1994. Page35.


Présentation

Mettre à l'étiage les spéculations de l'humain.

Dans la légende des espèces, l'apparition de l'homme au sein de l'Univers ne fut une énigme que pour lui-même; il est une livraison parmi tant d'autres, ni la première ni la dernière - ni la meilleure. Qu'il se soit mis à produire des images, du langage, de la pensée, voilà qui n'est pas sans singularité. Or, la pensée autonome est une chose ; celle qui forme académie en est une autre; et celle qui s'autorise des abstractions abusives, des spéculations endoctrinantes et appropriantes, en est encore une autre. Et là, l'aventure a pris des proportions inquiétantes.

L'humain, empêtré dans ces spéculations et, plus récemment, dans des dispositifs technologiques qui en sont le prolongement - dispositifs de plus en plus autonomisés -, ne survit plus que moyennant un gigantesque travail d'imposture. À force d'avoir voulu à tout prix rendre performante la Fable qu'est l'homme, celle-ci a fini par tenir du cauchemar. L'espèce, s'autoproclamant Unique, s'est donnée des pleins pouvoirs qui sont en passe de fabriquer un monde mort. Rétrospectivement, on ne peut qu'être stupéfait de constater à quel point l'a fourvoyée un certain usage de sa nature "cognitive". Parmi tant de voies qui s'offraient à elle, elle a peut-être fini par emprunter la pire.

Tout un aspect de l'humain, en tous cas, est à passer par profits et pertes.

On s'en doute si bien, la raison activiste en est elle-même si consciente, qu'elle tente le recours suprême: refabriquer selon une vision mécaniste qui sous-tend l'humain: le corps,et, dans la foulée, faire coïncider le Monde et le concept. L'ingénierie de la rationalité offensive - la techno-science - s'imagine d'ailleurs avoir accouché des outils idoines. Tout un militantisme scientifique s'est emparé de cette volonté transformatrice destinée à "normaliser" (à "eugéniser") l'humain à travers le corps. C'est dans les laboratoires et leurs relais économiques et financiers qu'on reprend l'antienne de la transfiguration, qu'on veut redonner du corps à l'antique fable épuisée sinon épuisante d'un monde élu pour l'Unique Espèce, au profit de normes culturelles dévoyées et appauvries. Agir, agir et agir encore, pour rendre le corps viable et fiable dans un monde qui ne l'est pas!

"Nous avançons vers le désastre, guidés par une image fausse du monde; et personne ne le sait. Les neurochimistes eux-mêmes ne semblent pas se rendre compte que leur discipline avance sur un terrain miné. Tôt ou tard, ils aborderont les bases moléculaires de la conscience (...). Nous n'échapperons pas à une redéfinition des conditions de la connaissance, de la notion même de réalité; il faudra dès maintenant en prendre conscience sur un plan affectif." (M. Houellebecq)

Devant les bouleversements qui frapperont de plein fouet une humanité pour les deux tiers composée de sujets exclus par un système qui signe en cela son arrêt de mort, nous interprétons cette reprise en compte de l'affectif comme une promesse de réconciliation avec l'enveloppe charnelle qui en est le dépositaire.

Le corps qui penserait lucidement, penserait ses insuffisances, sa complexité, son ancestrale angoisse et sa cruauté originaire contre tout ce qui s'escrime à les travestir en activisme idéalisant et utopique. La faiblesse du corps, ses ratés et son extinction à terme, court ou moyen, sont inscrits dans la nature. Et s'il convient d'acquiescer à ce qu'est le monde tel qu'il est, et à ce qu'est le corps dans ce monde, il est urgent d'acquiescer à sa faiblesse constitutive; le souffrir dans sa vulnérabilité.

C'est à partir de ce corps-là que doit s'opérer la contre-attaque...

Mettre, pour cela, les spéculations de l'humain à l'étiage de ce qui les origine: ce corps tel que, justement, il est, une "machine à ratés", imprévisible, voué à la perte, au pressentiment de n'être déjà plus. Un corps qui éprouve, dans la jubilation ou dans le malaise, avec ironie ou gravité, l'instabilité et le morcellement qui le caractérisent; c'est-à-dire la sensation d'être au plus bas de ce que la conscience peut supporter.

Mais de ces abysses peuvent, tout aussi bien, sourdre la qualité affective et la "force" d'âme capables de réinventer l'esprit d'hospitalité perdu.

 

(Jusque dans les peintures, dessins et photos, la fiction et la réflexion jouent dans cette entreprise un rôle privilégié et interactif. C'est qu'ensemble, elles permettent d'élaborer empiriquement des modèles, de bricoler de la synthèse, bref, une forme de sagesse : mettre les spéculations de l'humain à l'étiage de ce qui les origine : le corps. Mais un corps exposé à cette perte dont il était question plus haut : le corps de la dépense effrénée, objet de marchandage ou déchet de marchandise. Là où le philosophe professionnel a tout loisir de rester dans la généralité, dans le "triste empire du concept" (Schiller), avec le risque de créer des êtres de raison, comme disaient les scolastiques, c'est-à-dire des notions qui ne peuvent exister que dans le discours, l'homme de la fiction -- écrite ou peinte --, est porté à cet enracinement dans le concret, donc à un certain vraisemblable et à une certaine viabilité.) (D. Noguez)



Quatre auteurs d
'Objet Perdu à Bruxelles, 1992. De gauche à droite : M. Houellebecq, W. Cliff, D. Noguez, J. Gelder.


Libération : « Ce volume rassemble plusieurs dizaines de conributions d'écrivains, de poètes, de plasticiens et de photographes, dont le thème commun pourrait être "ce qui tourmente la société d'aujourd'hui, ce négatif qui remonte à la surface depuis l'effondrement des mythes et des idéologies". Ce négatif est étudié ici à travers le prisme du corps "objet perdu", "machine à ratés", de qui cependant pourrait sourdre la force d'un renouveau. »

Quinzaine Littéraire : « Objet à ne pas perdre, à contempler longuement,... à lire attentivement,... à scruter dans le détail afin de s'imbiber du tout. »


S O M M A I R E - O B J E T  P E R D U
Idées - Fictions - Images

  • Mettre à l'étiage les spéculations de l'humain, page 9
  • Petit glossaire, page.11
  • Fabrice Hadjadj, L'évangile du cri, page 15
  • William Cliff, Michel Houellebecq, John Gelder, Le monde tel, pages 19 à 21
  • Sara Gozlan, IHVHI, page 23
  • John Gelder, L'hospitalité du désastre, page 27
  • Xavier Zimmermann, Les cathédrales, page 32
  • Michel Houellebecq, Approches du désarroi, page 31
  • Dominique Noguez, Ritournelle des belles maladies, page 34
  • Abyssum Abyssus Invocat, pages 45, 53, 67, 97, 119, 191, 259
  • Michel Tibbon, L'hominisation comme maladie, les techniques comme soin, page 37
  • Textes, Fabrice Hadjadj, John Gelder, Richard Lebon, page 46
  • Fernand Kolney, Quelques purs artistes pour s'ouvrir les veines, page 51
  • Jacques Niesten, Les limites du jeu, page 55
  • Philippe Soupault, Plus rien, page 59
  • Michel Houellebecq, Apprches du désarroi, page 61
  • Textes, A. Defossé, F. Hadjadj, P. Guerche, F. Dieu, page 65
  • John Gelder, Collapsus.I, page 73
  • Friedrich Nietzsche, Le monde de la pure fiction (bilingue), page 79
  • Le darwinisme crétin (J. Eccles), page 85
  • Fabrice Hadjadj, Lapidaires (pour un matérialisme négatif), page 89
  • Arnaud Gyl, Phylogenèse I, page 101
  • Fabrice Hadjadj, Faible fable, page 107
  • Claude Bucciarelli, La disparition, page 109
  • Bastien Lallemant, Les deux cornes de ma vache, page 111
  • Milovan Danojlic, Trou de souris, page 113
  • Pierre Mérot, Le petit camp, page 119
  • Pierre Kuntz, L'ostracisme biologique, page 124
  • Ghislain Ripault, L'épreuve par le fou, page 129
  • Stéphane Zagdanski, Éjaculations présocratiques, page 135
  • Claude Alexandre, L'insoutenable pesanteur de la vie, page 143
  • Patrick Chavardès, Côté basse-cour, page 145
  • Armel Louis, La Déclaration universelle du droit du cochon, page 151
  • Fabrice Hadjadj, Ballade de l'extinction, page 157
  • Arnaud Gyl, Ballade de la fuite, page 159
  • Serge Pey, Poèmes de bâton, page 162
  • Jacques Niesten, Le socle de la fiction (Le matérialisme négatif ), page 165
  • Marc'O, Le tragique et l'acteur - Génération Chaos II, page 177
  • Michel Tibbon, Toxicomanie, Petite prophétie, page 183
  • Pascal Dorcéan, Nietzsche Nègre (Extraits : Frankétienne), page 191
  • Gilles Mayné, La science de l'ordure, page 195
  • Armel Louis, Figurine d'exécration, page 205
  • Christian Ganachaud, Messies, page 207
  • Werner Lambersy, La Mission, page 209
  • Elisabeth Prouvost, Extase, Impouvoir, Disparition, page 213
  • Penthésilée, page 227
  • Claude Maillard, Petite pièce intermédiaire à jouer en sourdine, page 229
  • Jean-Michel Heimonet, Bribes américaines, degré zéro de la motivation, page 231
  • John Gelder, The City I hate to love, page 239
  • Fabrice Hadjadj, Ahan (I), page 243
  • Sophie Lambert, Les amours noires, page 245
  • Arnaud Gyl, Contre les flots avides, page 248
  • Dominique Noguez, Le manège du bonheur, page 249
  • Dominique Noguez, Un objet perdu ne se rattrape jamais, page 251
  • John Gelder, Collapsus (II), page 255
  • Armel Louis, Blabs, l'Epopée d'une endive, page 261
  • Aram Dervent, L'autre et le même, page 263
  • Fabrice Hadjadj, Dormir debout, page 265
  • Arnaud Gyl, Phylogenèse II, page 271
  • Thieri Foulc, L'art de la combinatoire (hypothèses, suppositions, positions), page 275
  • Pierre le Pillouër, Quelques obscurcissements, poèmes, page 281
  • Jean-Pierre Verheggen, Jusqu'au trou d'sa miola, page 283
  • Christian Prigent, Prière du matin (Extrait), page 285
  • Pierre Kuntz, Le sacrifice d'Onan, page 291
  • Jean Streff, Bande à part, page 293
  • Fabrice Hadjadj, Ahan (II), page 297
  • Raoul Vaneigem, Voici le sang du Christ, d'après Epiphane, page 299
  • Claude Alexandre, La rage au ventre, page 301
  • Alain Defossé, De la fréquentation des anges, page 303
  • Gérard Pfister, L'amitié des choses, page 309
  • Fabrice Hadjadj, L'effet papillon selon le rabbi de Lubovitch, page 313
  • Dominique Noguez, Un assez pathétique sentiment d'insuffisance, page 315
  • Victoria Thérame, Kérosène infini, page 317
  • Michel Houellebecq, Prise de contrôle sur numéris, page 323
  • Fabrice Hadjadj, Le défenestré, page 329
  • Daniel Mauroc, Qui sait quoi ? page 331
  • Frédéric Dieu, Ascendance, page 341
  • Textes, Jannick Jaouen, J. Gelder, Marc Weitzmann, page 335
  • Pierre Clementi, Chronique d'une mort retardée, page 345
  • Béatrice Courraud, Le livre de Pierre, page 349
  • Julie Brock, Le visage comme négation de l'humain, page 353
  • Statues, page 361

PHOTOS

Claude Alexandre - Jean-François Bauret - Aram Darvant - Éric Emo - Florence Maillot - Gilles Maury - Elisabeth Prouvost - Xavier Zimmerman - Michel Waxmann - D. Cromphout.

PEINTURES - SCULPTURES - GRAVURES - DESSINS

Beksinski - Jérôme Bosch - Robert Cremean - Philippe Deboulle - Joël Desbouigues - Gustave Doré, - Jacques Drouin - Michel Duhann Oy - Eric Emo - Thieri Foulc - Apolline Franszyk - Roel d'Haese - Bastien Lallemant - Louis Pons - Eric Roncerel - Félicien Rops - Hans Schärer - Barthélémy Schwartz - Michel Waxmann.


Interview John Gelder France Culture

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