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EXTRAITS : Haut Risque, roman, éd. Parc -
janvier 2003 - ISBN : 2-912010-16-0 - prix : 16 euros
« J'avais hérité d'une classe
composée presque exclusivement de garçons. La
plupart d'entre eux avaient deux ou trois ans de retard. Ils
avaient choisi une filière dans laquelle le
français n'était plus qu'une manière
d'option. Inutile de dire qu'ils prirent plaisir à me
chahuter. Ce fut mon salut. J'avais eu peur que mon
caractère solitaire, mon incapacité à
représenter la jeunesse ne m'empêche d'avoir
sur eux un ascendant. Or je m'aperçus vite que s'ils
contestaient mon autorité, c'était qu'à
leurs yeux je refusais le rôle qui m'était
échu : celui de l'adulte. [...]
« Bien sûr, mes premiers ravages se firent
dans les rangs des collègues. Les femmes
divorcées me voyaient déjà dans leur
lit. Elles organisaient des sorties scolaires ou des voyages
à la neige dans le but ultime de m'attirer dans leur
intimité. Cela se passa en effet une ou deux fois.
Mais tout cela était trop sage pour moi. Il aurait
fallu au moins un peu de scandale, des murmures entendus,
des regards amusés ou jaloux. Qu'un
élève par exemple nous surprenne en action.
Mais nos gamins demeuraient
désespérément aveugles et la porte de
nos ébats fermée à double-tour... [...]
« Quelqu'un d'avide, d'insensé, un barbare
avait pris ma place. C'est lui qui avait
dégrafé le pantalon de Serkan, baissé
le slip de coton blanc sur ses cuisses ombrées de
mâle, poussé le corps soumis sur le lit. Il
aurait suffi d'un mot pourtant, mais le garçon
s'obstinait dans son mutisme. Il laissait faire l'autre, le
salaud, l'ordure. Et moi ? Moi ! Je m'étais
perché tout entier sur ma propre bouche et je
m'écrasais sur la nuque du môme, tentant de m'y
incorporer, de devenir elle, alors que plus bas un sexe
inconnu, plus gros que nature, pénétrait dans
l'ombre des boucles noires, par degré
s'enfonçait, faisait son chemin à sa guise.
[...]
« ... Dès que tout cela se trouve
soudainement détourné, dès que le
désir y passe en contrebande, il se produit alors
comme un petit miracle. Ce que certains nomment
perversité n'est que la recherche forcenée
d'une beauté nouvelle. » [...]
« Étrange idylle. Deux jours plus tard, Adel
est installé dans l'appartement. Il débarque
avec son sac de sport, sans un mot. Il se sert un jus
d'orange dans la cuisine, me prends une cigarette. Tout cela
est d'un naturel confondant. Ses cousins ? Il s'en bat les
couilles. Ils peuvent aller se faire foutre. Ses parents ?
Qu'ils rentrent au bled. Un peu plus tard dans la
soirée, il les appellera devant moi : on ne traite
pas plus mal les vieilles carnes malades et à demi
crevées. Et Marc ? Et Arturo ? J'ai l'impression
d'évoquer un vieux souvenir. Il se contente de
hausser les épaules. Fabrizio, la plage du Paradis,
son petit boulot. Il ne m'écoute même plus, il
est en train de bricoler le téléviseur et
marmonne qu'il va falloir acheter un magnétoscope.
Finalement, il se vautre sur le canapé. Et moi ?
C'est la question suivante et elle me reste en travers de la
gorge, je vais la cracher dans la salle de bains. Dans le
miroir, un beau visage bronzé me regarde -
étonné. [...]
« Il est installé dans le canapé, une
cuisse de poulet à la main et un paquet de chips
coincé entre les cuisses. Il ne m'a pas attendu. Je
trouve que c'est un bon prétexte pour l'engueuler
&endash; j'ai remarqué que nous faisions toujours
mieux l'amour ensuite, dans une espèce de combat
où je finissais par le violer. [...]
« Adel avait des plaisirs vulgaires. Je ne peux pas
dire si c'était par imitation ou par bêtise
pure. Mais j'y trouvais une délectation
particulière. Il aimait ainsi se faire sucer devant
l'écran géant durant les matchs de football,
manger des raviolis en boîte et péter quand je
me collais contre lui. Tout ce qui aurait été
insupportable chez un homme devenait charmant chez cet
enfant. Je ne me l'explique pas. [...]
« J'apprends vite que depuis la veille la
cité - notre cité - est en état
d'insurrection. Un garçon aurait été
torturé par la police et serait mort d'un arrêt
cardiaque. Du coup, déchaînement de violence.
C'est un prof de physique - un vieux de la vieille - qui
m'explique ces détails, un peu haletant malgré
tout. Le centre commercial - celui où je vais encore
parfois traîner pendant les trous de mon emploi du
temps - vient d'être saccagé. [...]
« On va te finir. » Asmat est revenu sur le
devant de la scène. Il se sert de l'autiste, des
branleurs et d'un manche de bois. Quand il la fait mettre
à quatre pattes pour lui déchirer le cul, elle
se met à supplier qu'on la laisse et fait pipi. La
sÏur de Spa. Pour une fois, Asmat sourit franchement. Il a
l'air d'un enfant. Tout le monde participe - y compris mon
Adi. Tout le monde se termine. Ensuite, on rigole, on menace
un peu, on se moque de la fille parce qu'elle sanglote. Une
minute. Après quoi, on l'aide à se rhabiller.
« C'est bon, on se casse. » [...]
« Un matin, il y a un message d'Adi. C'est sa voix -
un peu altérée peut-être, mais je ne
peux pas m'empêcher de sourire. Il balbutie, laisse un
tas de silences, finit par dire qu'il a fait une connerie et
je l'entends renifler au bout du fil. Il y a encore un blanc
après quoi il raccroche. [...]
© Gilles SEBHAN - éd. Parc
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