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Le Canal de Guantanamo

2005 

Tout commence le 1er mai dernier lors de la harangue traditionnelle de F. Castro, place de la Révolution. À cette occasion l'auditoire reste ébaubi lorsque le commandant déclare tout de go : «Fidèles à l'adage de Lénine selon lequel seule la vérité est révolutionnaire, nous devons reconnaître - c'est notre devoir historique- que des exactions inacceptables, inqualifiables sont systématiquement perpétrées sur cette île. » Secondé par R. Alarcón et F. Roque Pérez - respectivement président du parlement cubain et chef de la diplomatie de l'île- le commandant a par ailleurs promis une autocritique devant la prochaine séance plénière du politburo. En l'espace de quelques minutes c'est le branle-bas de combat dans l'ensemble des chancelleries du monde entier.

De façon inaccoutumée le líder máximo a tenu son parterre en haleine. Apres 12 heures de discours ininterrompu, debout, sous un soleil de plomb, c'est le coup de théâtre : le commandant admet l'impossibilité dans laquelle se trouve le gouvernement révolutionnaire de mettre fin à ces violations des droits de l'homme : «Malheureusement nous n'exerçons pas de souveraineté sur ces quelques dizaines de km2 situées à l'extrême pointe orientale de l'île, foyer de ces exactions barbares. »

Depuis, les tractations ne cessent plus au sein du gotha international. C'est au milieu de cette cacophonie générale que fait son immixtion l'Internationale Alternative (IA.). Celle-ci propose, comme solution, la construction d'un canal séparant définitivement la base militaire nord-américaine de Guantanamo du reste de l'île. Au demeurant le Guantanamo Canal Project (GCP) offre de forts dividendes économiques : ces travaux pourraient relancer une économie mondiale plongée dans un profond marasme.

À la suite d'un bref communiqué émis par radio Rebelde, il semblerait que les autorités cubaines seraient sur le point d'accepter la proposition de l'IA. C'est Ignacio Ramonet - qui en temps normal a ses entrées sorties à Cuba- qui fut chargé de cette mission délicate. Les frais de cette construction seront assurés par un pool de bailleurs de fonds promoteurs du développement durable. Les droits de télévision seront cédés et le tout pourra être suivi en direct par satellite. Gérées par une ONG, les sommes excédentaires récoltées seront attribuées au financement de l'Organisation mondiale de la bonne Gouvernance. À cet égard, un grand fund raising sera organisé à l'occasion par la jet set de l'anti-bushisme. La société civile internationale est dorénavant sur son pied de guerre. Tambour battant, on recrute à tour de bras dans les filières universitaires de coopération internationale et des missions humanitaires. Cette main d'oeuvre, assure t-on, sera rémunérée au coût de production. Les roches seront vendues aux enchères sur le marché du commerce équitable. Question sécurité, après d'âpres discussions, l'IA et les autorités cubaines- représentées par Raul Castro, chef des armées-, sont tombées d'accord sur la coordination d'une Brigade Internationale recrutée et commandée par le colombien Manuel Marulanda Vélez, également connu sous le pseudonyme de Tirofijo, le plus vieux guérillero en activité et vielle connaissance de Castro (soucieux de ne pas offrir de la sorte une aubaine pour une éventuelle infiltration de la CIA). Le coût de l'opération a été estimé à environ 51,6 milliards de dollars, soit le double du revenu annuel de l'île. Lors d'un premier appel d'offre des entreprises de constructions nord-américaines -dont plusieurs jouissent de contrats avec l'armée occupante en Irak- ainsi que l'inusable groupe Bouygues ont été retenus. Des strings et caleçons Calvin Klein à l'effigie de José Martí, poète et précurseur de l'indépendance cubaine, devraient vêtir gracieusement cette main d'oeuvre. Le canal sera baptisé Canal Celia Sánchez, du nom de la compagne historique de Castro, disparue en 1985.

Au nom de l'Amérique latine, c'est un ancien guérillero brésilien, ex-réfugié politique à Cuba, architecte de l'aggiornamento idéologique du Parti des travailleurs (PT) et aujourd'hui bras droit du président « Lula », J. Dirceu qui a présenté son soutien inconditionnel. Aux côtés du Brésil, le Venezuela et l'Argentine constituent l'axe de cette coalition de «solidarité avec Cuba». Lors de sa dernière intervention dominicale- dans le programme Alo presidente - c'est un Chavez visiblement très exalté, qui a promis un ravitaillement gratuit et sans faille en pétrole. Récemment nommé docteur honoris causa par l'université de Buenos-Aires, en 2002, lors de son dernier voyage en Argentine, Fidel Castro s'est longuement entretenu par téléphone avec son homologue argentin Nestor Kirchner. C'est d'ailleurs sur recommandation de ce dernier, que la firme espagnole Repsol, maître chanteur du gouvernement argentin pendant la crise argentine de 2001, a été évincée du projet.

Prises de vitesse, les chancelleries occidentales ont mis du temps à réagir. Sans ce faire prier, le Foreign office, dans un bref communiqué, y voit une «provocation flagrante contre la démocratie». Il semblerait, toutefois, que certaines d'entre elles seraient prêtes à soutenir l'initiative. Notre correspondant à Paris tient l'information de sources autorisées -sous couvert d'anonymat- que la construction de ce canal serait perçue comme un bras d'honneur à l'arrogance yankee. Selon de Villepin -pour ne pas le nommer « Attila [serait] rentré à Rome». Connaisseur de l'Amérique latine (où il résida tout jeune) et historien à ses heures perdues (auteur des 100 jours ou l'esprit du sacrifice), l'éternel ministre a même ajouté, non sans ironie, que ce canal serait un très bel hommage posthume à F. Lesseps (dont on célèbre le 110e anniversaire) «plus d'un siècle après le fiasco de Panama».

À cet effet, nous apprenons à l'instant la possibilité d'une rencontre au sommet entre plusieurs représentants éminents de l'anti-bushisme sous ses divers avatars. Il semblerait que les négociations n'achoppent plus que sur le lieu où cette réunion devrait se tenir. On murmure les noms de B. Cassen, J. Bové, le sous commandant Marcos, O.B.L., F. Bertinotti, J. Chirac, ainsi que les commandants H. Chavez et F. Castro. Cette réunion signerait un «compromis historique », selon l'expression du dirigeant de Rifundazione Comunista, entre l'ensemble des courants se réclamant peu ou prou de « l'antiaméricanisme. » La coordination de cette tâche difficile sera confiée au tandem G. Soros-Danielle Mitterrand. Le premier a déjà, dans le cadre des élections présidentielles, mis sa fortune à disposition des forces anti-Bush et la seconde ne se présente plus. Un groupe de célébrités regroupé autour de N. Chomsky, D. Bensaïd, D. Maradona, J. Habermas, E. Galeano et G. García Marquez, ont déjà apporté leur soutien.

De son côté Washington, qui accuse le coup, prépare une contre-attaque tous azimuts. Ted Turner, patron de CNN a déjà promis de ne pas retransmettre les images des travaux d'Hercule. Mais qu'à cela ne tienne! Coté ardeur patriotique, les énergies sont galvanisées depuis que Ileana Ros-Lehtinen, élue de la Floride et emblème de la communauté cubaine traîtresse, assure avoir eu une entrevue avec le spectre de Jesse Helms, ancien sénateur de la Caroline du Nord, ancien président de la commission des affaires étrangères au Sénat et architecte de la loi dite «Helms-Burton» (durcissement de l'embargo envers Cuba). À Miami, la communauté cubaine, affaiblie depuis l'affaire Elian Gonzalez, se ressoude et retrouve le langage des grands jours de J. Mas Canossa, le défunt père de l'anti-castrisme. Dans une adresse solennelle baby Bush a trouvé les mots justes pour galvaniser des congressman, au début réticents pour voter de nouvelles lignes budgétaires. Mélangeant les métaphores bibliques et l'érudition historique, le chef d'Etat- «dans le discours le plus émouvant de sa carrière» selon le Miami Herald - s'est appuyé sur la Doctrine Monroe, ressuscitée pour l'occasion en dernier rempart contre «l'intrusion étrangère dans les affaires américaines » (sic). Outre des représailles commerciales massives, le président exhorte le pouvoir législatif et son peuple à se préparer à «terminer le travail de 1898 [à Cuba]». On ne peut mieux faire que de citer ces quelques phrases glanées par le candidat à sa propre réélection : «Nous avons libéré Cuba du joug du colonialisme espagnol, nous la libérerons du castro-communisme». Pour cela, le fiston Bush propose de revenir à l'amendement Platt (de 1905), soit la première constitution octroyée à Cuba. À propos du projet de construction du canal en tant que tel, le premier citoyen américain a rappelé qu'il s'agit «d'une violation inacceptable du droit international » (resic) Des accords séculaires régissent la souveraineté et, partant, l'utilisation de la base navale à Cuba « tout comme [au demeurant] le canal de Panama », juge t-il bon de rappeler. S'agissant de l'agitation diplomatique que le Guantanamo Canal Project suscite, le président a rejeté le tout d'un revers de main en ironisant sur « le bluff derrière lequel, une nouvelle fois [again and again], on retrouve la main de la France alliée traditionnelle (reresic) des populismes latino-américains». Si les démocrates semblent, une nouvelle fois, pris au piège de l'unanimisme, le semblant d'union sacrée connaît ses premiers craquements, et ce du côté inattendu, sur l'aile droite de l'échiquier politique. Les altermondialistes - c'est-à-dire membres de l'Internationale Alternative- ont trouvé un allié inespéré en la personne de Patrick Buchanan (électron libre de l'extrême droite étasunienne). En échange de son appui au projet de construction du canal, « Pat » recherche le soutien tacite de l'IA pour la matérialisation de sa principale promesse de campagne électorale : la construction d'un mur le long de la frontière américano-mexicaine.

Quoi qu'il en soit, sur le terrain, une agitation inaccoutumée est perceptible depuis ces dernières semaines sur l'île. Sous l'oeil vigilant des CDR (comité de défense de la révolution) des déplacements importants de population résident entre les petites bourgades de la Palma Soriano et Banes (lieu de passage du tracé du canal) s'effectuent dans l'ordre. Pour l'instant tout le monde attend la prochaine intervention de Castro le 26 juillet, prévue pour le 51e anniversaire de l'attaque à la caserne Moncada.

(à suivre)


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2009 :
Après les décisions de B. H. Obama, l'IA serait en pourparlers avec Raul Castro et différents groupes financiers touristiques et organismes de Mutuelles pour troisième âge, avec l'objectif de transformer le projet Guantanamo Canal en "Camp de Vacances" afin de continuer de servir de lieu d'hébergement des présumés terroristes sans domicile fixe, occupant la fonction de
personnel-objets de curiosté nourris logés (section : "Guantanamo Zoo"), tout cela au service et pour la distraction des flots de retraités envahissant le monde en crise...

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