ANCESTRALES

Un monde sans cause(s), mais non sans effets !
                                            
 (considérations sur la non-propriété privée du “vivant”)
Projet collectif anthropo-sémaphysiologique en cours d'élaboration... - dernière mise-à-jour : 3/11/2011
 

La chimère comme origine de l'espèce sapiens sapiens  "La Chimère : possible couple fondateur d'espèce" ? (J. de Grouchy)...


                       Table des mat
 :
                              INTRODUCTION : PURES & IMPURES RÉALITÉS - L'ORIGINIE DES ORGINES
                              LE SOCLE DE TOUTE FICTION : LE CORPS SEXUÉ
                              LE TROUBLE 
                              QUE S’EST-IL DONC PASSÉ IL Y A QUELQUE QUARANTE MILLE ANS ?
                              LA PREUVE PAR LA GENÈSE
 OU LE POUVOIR JALOUX.
                              UNE COLONISATION DÉSIRANTE
                              UNE NOUVELLE GRADATION  ÉVOLUTIVE DANS L'IMPURETÉ ?
                              LA VOLONTÉ DE FICTION CONTRE LA CONTINGENCE DU VIVANT 
                              L'IMPURETÉ DE L'ÊTRE
                              LUDOGENÈSE
                              ÊTRE-CAUCHEMAR OU N'ÊTRE PAS, IS THAT THE QUESTION ?
                              L’ÈRE DU VIRUS :  DE L’INÉDIT DANS LA TÊTE
                              LA MATIÈRE FABULATOIRE, LA DENSIFICATION FICTIONNELLE PURE.
                              EFFECTUALITÉ
                              DE PROCUSTE À PROSTHESIS, DU MYTHE AU MYTHE, TOUT EST MYTHE.




"L'Avenir clivé : mutation ou disparition"
(Elias Canetti)

Nous étions préparés à tout admettre sauf d’avoir débuté par les pieds ».
(Leroi- Gourhan, Le geste et la parole).

"L'homme est plus petit que lui-même"
(Günter Anders -  L'Obsolescence de l'homme)

"Essayer de faire une vie à un moment de l'histoire où l'on prend conscience
 de la métamorphose comme loi du Monde"
(André Malraux)

"Le danger des dangers, rien n'a de sens"
(F. Nietzsche, Œuvr. Compl. 1887/8)



INTRODUCTION : PURES & IMPURES FICTIONS & RÉALITÉS

Le monde de l’illusion et de l’apparence est devenu pour, le "plus petit que lui-même..." celui de l’impure réalité ; celle-ci ne procède pas de la volonté de fiction, mais de la fiction de la volonté. L’illusion et l’apparence prennent leur fiction pour de la réalité et, à partir de cette réalité voulue, forcée, voire forcenée, militent sans cesse pour produire un consensus idéel et idéal autour de ce qu’elles sont : une impure illusion et une trompeuse phénoménologie.
Ce monde de l’impure réalité, avatar de l’illusion de volonté, s'enracine, certes, dans le spatio-temporel du monde des micro-organismes (le monde des germes), mais à un degré hiérarchique - numérique inférieur sur l'échelle du vivant.

Rappel de l'Origine des origines
de l'érection  (de la larve dans sa vase jusqu'à homo sapiens dans le cloaque..): la réalité pure - aventureuse et milliardaire - de l'origine aquatique de l'invertébré au vertébré marins,  de la chose amphibique, puis - après la dite "catastrophe du sec" -  du quadripède simiesque, au fameux bipède -  pour aboutir (provisoirement). à la "chose" dite hominienne, lequel, tout ingénieur en techniques de pointe qu'il est, tente désespérement de se "connaître" soi-même... :
cf. Innovation évolutive 
nouveauté (apparition, disparition, transformation) responsable d'un changement morphologique, physiologique ou moléculaire qui apparaît chez un organisme suite à une mutation (ou duplication, transposition puis mutation), se transmet de génération en génération et peut ainsi se répandre peu à peu au sein des populations d'une espèce. L'état préexistant à l'innovation est dit primitif ou ancestral par rapport au nouvel état qualifié de dérivé ou d'évolué. On les place entres les noeuds d'un arbre phylogénétique.
cf. Molécules homologues
molécules apparentées appartenant à une même lignée évolutive issue d'une molécule ancestrale par accumulation de mutations mais n'ayant plus nécessairement la même fonction.
cf. Organes analogues
organes d'espèces différentes réalisant la même fonction mais ayant une structure ou une origine embryologique différentes (Ex : aile d'insecte, d'oiseau, de chauve-souris).
cf. Organes homologues 
organes d'espèces différentes présentant le même plan d'organisation et prouvant une origine commune - malgré des fonctions différentes. (Ex : membres antérieurs des Vertébrés)
cf. La station débout
le jour où le primate décida de se mettre debout (pour survivre, courir dans la steppe, prendre l'air..) que fit LA primate ? Courir après monsieur pour faire survivre l'espèce : résultat ? Le petit - par la force d'attraction - sortit prématurément de son ventre (9 mois au lieu d'une vingtaine) braîleur précoce avec... un cerveau mou...: D’où cette importante mise au point, qui redresse les perspectives traditionnelles de l’anthropologie à̀ l’égard de l’émergence de l’homme : « Les Australanthropes sont en réalité moins des hommes à face de singe que des hommes à boîte cérébrale défiant l’humanité. Nous étions préparés à tout admettre sauf d’avoir débuté par les pieds ». (Leroi- Gourhan, Le geste et la parole).

 C’est donc bien tout au bout de ce monde phylogénétique "complexe" que des "quanta de fiction" vont pouvoir produire, après une longue prise de conscience, de la réalité. Cette pure réalité de la pure fiction est fondée sur l’empathie ou l'hostilité réciproque de ses composantes germinales. Le monde des micro-particules (celui des germes) peut être considéré comme la "chair de l'univers" pour paraphraser les phénoménologie tendance hédoniste (M. Dufrenne)... Et à ce titre le fonds existentiel (voire situationiste) de l'espèce dont nous "supposons" appartenir... On peut aussi songer à la théorie des SPIN : moment intrinsèque d’une particule ou d’un quantum ; une sorte de rotation interne qui le doterait d’un moment cinétique propre, créateur et non conflictuel. Nous tenterons de démontrer comment une "pure" fiction, - considérée comme créatrice d'un "Genre nouveau" (New Gender), peut inverser l’ordre de l’esprit radicalisé et de ses avatars.
Dans la recherche biogénétique, par exemple, à partir des quanta germinaux s’opèrent des arrangements hasardeux entre ordre et désordre ; dupliquer un organisme hominien revient à déranger - ou brécher - un problématique arrangement hasardeux, problématique parce que généré à partir d’une impure réalité. Une inversion est en cours sur le cadavre du Père et qui peut donner une chance (imprévue) à la horde des fils célibataires. Après son remodelage, le corps germinal reprendrait l’initiative, renvoyant dos à dos l’illusion et sa technologie ; une réalité pure déposera la fiction impure.
 
Ainsi la Grande sphère du père,
Déjà trouée
Laisse derrière elle l’infinité
(d’ailleurs indiscrète)
Des zéros filiaux
(Avec, souviens-toi, leur petit Saint-Cercle martyre).
Ainsi ceux-ci de même,
Avisés de l’infaisabilité du spectre circonférentiel,
Se brisent
Pour aller se disperser
Dans un arrangement hasard(heur)eux.
 
 
LE SOCLE DE TOUTE FICTION : LE CORPS SEXUÉ

Dans le pages qui vont suivre nous allons émettre un postulat et échafauder quelques hypothèses. Le postulat est l’existence sur la planète terre d’une lignée de mammifères bipèdes que nous nommerons Sapiens sapiens (ou Hominiens). Les hypothèses évoqueront les singularités inhérentes à cette espèce dotée d'imaginaire, qui la placerait au sommet hiérarchique (S. J. Gould) de ce qu’on concevra, par ailleurs, comme une évolution du vivant, en gros tout ce qui sur la planète terre s’engendre, grouille, pousse et tente bon an mal an de survivre.
Pour que tout notre postulat fasse sens dans une perspective littéraire mais également au-delà, nous affirmerons que depuis quelques milliers d’années une dernière lignée de primates (car il y en a eu d’autres), l’homo Sapiens sapiens, de par une singularité évolutive qui lui est propre, écrit donc pense. Il est au demeurant paléo- et anthropologiquement vrai que, des premiers graphismes pariétaux au langage numérique, en passant par les traces cunéiformes, hiéroglyphes et autres, les preuves, tout simplement, sont là. Il s’agit d’une vérité fossile. On a donc pu établir, à juste titre, en toute réalité pure, que l’homme est un objet (corpus) parlant et pensant.
Le problème est que le seul témoin de cette vérité universelle est l’homme lui-même et qu'elle ne vaut que ce que vaut cet homme...
La nullité témoignante du vivant à l’égard de la lignée des hominiens est patente (numériquement égale à 0). La seule vertu du vivant est de confirmer l’unicité, la qualité exceptionnelle de l’homme au regard de l’homme lui-même. Mieux, la seule utilité du vivant est de servir la survie de l’homme, de lui permettre de grandir, de se fortifier, d’augmenter sa maîtrise sur lui-même en se laissant exploiter par lui. Tout ce que peut, tout ce que veut l’homme lui est dû (numériquement "1").
En principe, rien ne peut-il venir contester cette règle ?
Faisons appel au Corps Humain, Conçu, Supplicié, Cannibalisé (de Maurice Godelier & Michel Panoff, CNRS, 2009), ouvrage magistral qui parle de ce corps - chose d'engendrement - tel qu'il est vécu et parlé, initié, incarné, chez les Yanomami amazoniens, aux Khumbo du Népal en passant par le Corpus chrétien, avec ses fonctions symbolique du sperme, du sang, du lait, ses interdits sexuels, ses possessions, son anthropophagie, toute la gamme de pulsions conscientes ou inconscientes - ce "corps sexué, sollicité non seulement de témoigner de mais de témoigner pour l'ordre qui règne dans la société et dans l'univers". Du "réenfantement" des garçons par le sperme (lakala alyeu : l'eau du pénis) aux rites initiatiques, les fixations fictives à partir du besoin de nutrition ("nature/nitrure") chez les Baruya, on a beau quitter les régions mélanésiennes pour le "spiritualisme" des traditions chrétiennes, on découvre (depuis quelques décennies  de recherche)  à quel point l'espèce s'avère (et demeure à travers ses cultures) hyper-féconde en images corporelles ; "Pulpe humaine, "substance humaine interne",  min(force vitale ou l'énergie) "cette sphère des discussions sur les contrastes entre le "sang ou le sperme" ou entre "la chair et les os" dans son ensemble "spécifie bien l'univers sémantique du contrôle exercé par des hommes âgés sur les femmes et les hommes jeunes"(1). Sceptique, on peut dire que ces "chercheurs" se complaisent chez les "sauvages" pour alimenter leur "réalités (im)pures" ? Pourtant la "scène primitive" se retrouve bel et bien dans la société contemporaine, si l'on en croit deux chercheurs Est-français, S. Dupont et Lachance : "La psychologie décrit la sortie de la période de l'adolescence comme la sortie d'une période de latence - qui sépare les deux grands moments de l'éveil de la sexualité ; complexes infantiles et puberté. Au cour de cette période, l'intériorisation des grands interdits humains (du cannibalisme, du meurtre, de l'inceste) " ouvre la voie à la capacité d'être seul en présence de la famille... (cf. biblio. bas de page).
Le Roman du corps - depuis la station debout (érectile..) de l'entrejambe au cerveau,  (soma + Psyché - grec corpus + anima  - lat) - est celui de sa mortalité, perçue globalement comme l'expiation d'une faute commise avec ce tas de chair et os si vital(iste) - tels la maladie, le refus ou l'implication du monde des objets minéraux et végétaux, tout y est bon pour structurer les identités, pour infliger à l'autre le règne de l'Arbitrage suprême, au nom des puissants : Ancêtres, Esprits ou Dieu(x), reliés in fine aux douloureuses questions sur "l'effet-causal" émotionnel de notre "être-au-monde" si singulier et hasard(heur)eux...
Dynamiter une montagne n’offusque pas la masse tectonique, abattre des arbres n’émeut pas la forêt, exterminer des baleines n’a jamais provoqué une révolte de mammifères marins, empoisonner des cheptels de bovins n’a jamais provoqué une manifestation de vaches, polluer l’air au moyen de molécules de CO2 n’a jamais inquiété le ciel. Nulle accusation, nul avis, rien. L’environnement manifestera une indifférence souveraine devant ces actes que seuls certains représentants de la lignée hominienne, pour des raisons qui ne tiennent qu’à une sensiblerie puérile – qui leur est propre – devant les multiples facettes de l’angoisse qu’inspire la mort, jugeront adventicement injuste, voire “barbare”. La liberté de l’hominien est totale, solidaire, universelle, cosmique. Le fait qu’adventicement seul un représentant du genre humain puisse contester la règle qui veut que tout est dû à l’homme, ne peut que confirmer la règle.
La neutralité indifférente à l’égard de l’hominien Sapiens sapiens de tout ce qui n’est pas l’homme, en termes hominiens, l'encourage tout naturellement  à persévérer dans son essence, donc à évoluer vers toujours plus d’hominité dans un environnement terrestre et, à plus forte raison cosmologique qui s’en moque. Quand bien même cet environnement réagit, ce sera également pour soi-même. La violence de la nature, des éléments, d’espèces animales inférieures, des microbes ou des virus ne sont que des tremblements fonctionnels en soi, dépourvus de toute finalité hominienne. Face à cette nature l’homme n’est qu’un topos fortuit : si la foudre le frappe, elle aurait pu frapper n’importe où ailleurs, si un virus le ronge, il aurait pu se loger n’importe où ailleurs, et si l’air devait devenir irrespirable ce serait basiquement parce que la mouvementation (J. Jaffelin) des choses l’aurait voulu en vertu de ses propres lois naturelles. (1)

J. Jaffelin ; Mouvemntation A. Gyl : Mouvementation.

Et c’est là également une des grandes singularités de L’Homo sapiens sapiens. Car la règle qui veut que le monde vivant hors l’humain  reste de marbre devant la "suprématie" de l’hominien, a fini, en vertu de cette sensiblerie puérile qui lui est propre, par le troubler jusqu'en son tréfonds. Nous verrons que ce trouble peut prendre des proportions considérables.
 
LE TROUBLE

On peut généralement affirmer que les représentants de l’espèce Homo Ss vivent dans l’épreuve d’un trouble endogène (qui leur est propre) qui joue sur ce que l’on peux appeler divers registres de l’affect. L’homme, dans sa banale aventure de survie éprouve des attirances et des répulsions avec quoi il doit se débrouiller, comme l’ensemble du règne animal, du reste. À ceci près que la pensée et le langage de l’hominien ont une vilaine propension à surdéterminer ces instincts et pulsions, en raison même de l'adhésion singulière de notre lignée à cette règle qui veut que le monde vivant hors l’humain, comme on l'a vu, ne s’offusque pas de la "suprématie" de l’hominien. Le sensible moteur animal, chez l’hominien devient sensibilité, puis sensiblerie qui peut être considérée comme un mixte entre le sensible et la raison. Quoi de plus normal que dans ses réflexes de survie, cet animal-là exprimera en toute occasion sa différence d’avec tout ce qui n’est pas lui. Il l’exprimera en devenant plus nombreux, plus ubiquitaire, plus dominateur, plus autoritaire, plus puissant. S’il en était autrement, l’espèce aurait disparu depuis longtemps. Si la sensibilité de la lignée ne visait pas ces singularités-là, elle n’aurait pas pu se grouper en tribus, se nourrir de plantes et de chair - l’espèce hominienne est omnivore -, elle n’aurait pu croître et inventer des moyens pours survivre en croissant; elle n’aurait pu cultiver la terre, soumettre au dressage, bâtir des villes, construire des outils, puis des armes pour défendre ses acquis, conceptualiser ses pensées pour asseoir son autorité d’espèce sur ses membres et sur d’autres espèces, conquérir des terres, des continents, diffuser son pouvoir et anéantir toute manoeuvre venant du vivant autre qu’elle pour contrecarrer voire pour détruire ce pouvoir. Voilà de quoi est objectivement fait le trouble de l’espèce, voilà comment son trouble natif, primordial vient à s’exprimer fonctionnellement et objectivement. Il en va ainsi parce qu’il ne peut en être autrement tout comme, inversement, il ne peut pas en être autrement puisqu’il en est ainsi. Herbivore, l’hominien cueille, arrache puis mange le végétal qu’il trouve en fonction de ses besoins, puis, si ses besoins en nourriture augmentant – et on a vu que selon son principe de surdétermination, ses besoins augmentent ad infinitum – il invente les moyens pour exploiter le végétal en sorte que ce dernier réponde à son besoin de dévoration. Carnivore, l’hominien piège, tue puis mange l’animal qu’il trouve en fonction de ses besoins, puis, si ses besoins augmentent – et on a vu que ces besoins augmentent aussi ad infinitum – il invente les moyens pour exploiter l’animal en sorte que ce dernier réponde à son instinct de dévoration. S’il vivait autrement, s’il vivait seulement, à l’instar du reste du vivant, l’hominien disparaîtrait. Et nous pouvons constater que la lignée hominienne n’est pas éteinte. Pas encore.

QUE S’EST-IL DONC PASSÉ IL Y A QUELQUE QUARANTE MILLE ANS ?

Résumons les débuts des débuts du de la " tragicomédie" de l'anthropos sapiensis : Depuis une centaine de milliers d’années, l’Europe était habitée, de l’Atlantique à l’Oural par les tribus Néandertaliennes, vivant dans de chasse et de cueillette, enterrant leurs morts, façonnant des outils de pierre et quelques ornements. Elles sont plutôt chaudement habillés et vivent dans les grottes qu’elles quittent au gré de leurs migrations. Le Patrimoine qu’elles ont légué à l’Histoire se limite à ces outils bifaces, quelques statuettes sculptées dans l’ivoire, ces tombes et, surtout, des ossements ainsi que de l’ADN, qu’on a commencé à décrypter aujourd’hui - et qui lève définitivement la barrière d'espèce entre nous et Néandertal lequel, du coup, a droit au label Sapiens - ; un jour, donc, il y a quelque quarante mille ans, depuis le sud-est mésopotamien, la nouvelle lignée revue et corrigée du Ss (le beau Mésopotamien) débarque sur le continent va peu à peu occuper le terrain de neandertalensis, dont les territoires peu peuplés se réduisent en peau de chagrin. Quoiqu’ils partagent avec leurs cousins du Nord le mode de vie de nomades, les “qualités” morphologiques et culturelles de la lignée nouvellement éclose les distinguent de l'ancêtre ; les outils des Sapiens sapiens sont plus affinés, et tout indique qu’ils ne voient pas les choses comme les autochtones. Ils ont une autre façon de regarder et voir... Ils sont déjà une exception culturelle. Ils façonnent des objets dans le but manifeste d’orner leurs corps, ils se mettent à taguer les parois des grottes avec des images, des animaux objet de leur chasses, des prédateurs, de corps blessés ou masqués ou en érection, ou encore les trois à la fois, ils manient les traits de leurs dessins avec un savoir-faire tout à fait novateur, du jamais vu, et il est à parier qu’ils n’arrêtaient pas de parler, qu’ils commençaient même d’exprimer oralement des considérations intéressantes sur la Nature, leurs conditions de vie, leur sexualité, leur mortalité et, surtout sur leurs angoisses qu’ils ne nommaient probablement pas encore métaphysiques, mais ça devait y ressembler. Leurs outils étaient plus sophistiqués, ils visaient plus juste, utilisaient plus de ruse, dans leur chasse entre autres: en somme ils étaient plus efficaces en toute chose. Tout ça impressionnait très certainement les pauvres Néandertaliens qui avaient tout intérêt à céder la place au beaux et redoutables colonisateurs. Redoutables, parce que pour ces derniers, de toute évidence, les fins justifiaient déjà les moyens.
S’il avait existé des caméras à l’époque, des médias et des journalistes, de quelles génocides, de quelles misères, de quelles tyrannies et tortures on aurait pu être témoin ! Mais les seuls témoignages, les paléontologues nous les offrent, os en mauvais état, crânes brisés, extinctions progressive...
Toujours est-il que durant quelques longues milliers d’années la cohabitation a dû s’avérer plus que problématique entre l’homme de Mésopotamie et l’Européen de souche. (Cf Fiction Impure : La revanche de Néandertal ou l'odyssée de l'espèce, ce sous-titre étant repris par et en accord avec Y. Coppens pour son film éponyme).
 
LA PREUVE PAR LA GENÈSE OU LE POUVOIR JALOUX

Personne ne nous contestera que la Genèse constitue un remarquable témoignage des mauvaises manières du Ss en ses tout débuts d’aculturation et d’écriture. Il n’est donc pas interdit d’y supputer un certain nombre d’informations sur les mystères enveloppant la lignée Ss qui nous occupe dans ces pages. Ce que nous attesterons ci-dessous puisera sa vérité dans la qualité du témoignage écrit que nous entreprendrons de notre mieux à mettre en parallèle avec les témoignages fossiles. Ou plus simplement, si les témoignages fossiles prouvent qu’il y a eu des corps sur terre correspondant à une espèce sachant écrire et penser (Sapiens sapiens), les écritures de la Genèse, (au même titre que celles, cursives ou hiéroglyphiques de Sumer, de l'Égypte pharanoïque, de la mythologie grecque, et, ainsi qu'on vient de le découvrir depuis peu, des Mongols), nous enseigneront sur les singularités qui habitaient et habitent donc encore ces matériaux osseux et charnels. Nous n’allons pas faire d’exégèse approfondie de ce texte fondateur Méspotamien hésitant entre fiction pure et impure, mais il ne manque pas d’intérêt quant à la question qui nous préoccupe : le crime commis par les Ss sur un probable ancêtre. En effet qu’y lit-on ? Que la lignée Ss s’est autorisée à s’engendrer au travers d’un personnage fictif à qui elle a confié ses secrets les plus intimes. Non seulement ses secrets sexuels, mais aussi ceux qui concernent ses origines. En gros elle y avoue avoir, outre une propension forte à connaître charnellement ses semblables, celle, non moins pressante, de croître et de vouloir se rendre maîtresse de tout ce qui vit sur terre, plantes, bestiaux, terres et cela le plus longtemps possible, en sachant le plus possible. Elle y fait preuve également d’une très humble mais pathologique angoisse devant la mort, jusqu’à inventer la possibilité d’une vie éternelle, dont le concept est et demeure aussi pathétique que flou. Très vite elle prend son protagoniste, Dieu, à témoin de toutes ses turpitudes, tel le meurtre, le vol, la prédation comme pour demander à celui qu’elle nomme le Tout-Puissant de la rassurer et de l’encourager à persévérer dans son pathos. Transférant d’ailleurs sur son protagoniste tout le pathos dont elle est capable, Dieu, tout en revêtant le rôle de quelque père jaloux et envieux des qualités de ses auteurs, obtempère, en dépit de quelques actes incestueux et patibulaires, en élisant le Ss comme son peuple unique, à l’exclusion du tout le reste. C’est une histoire en somme perverse, mais qui donne une image assez intéressante des us et coutumes de la lignée qui nous concerne.
La question que nous nous posons : en quoi consiste ce crime originel qui travaille à ce point nos petits Ss ? Manger le fruit de l’arbre de la vie et de la connaissance ? L’image est jolie, mais un peu facile, on en conviendra. Avoir des relations sexuelles, même incestueuses, cela ne mérite pas une élection aussi souveraine. Tous les mammifères s’accouplent et s’il n’y avait pas les Ss, ils s’en portent très bien. Alors la connaissance ? Ce n’est certes pas l’intelligence qui tue. Non, il faut aller chercher du côté du transfert sur le père et l’aveu fait au Père Souverain d’un crime primordial commis sur un ancêtre que le Tout-puissant assumera en mettant en scène ce crime au verset X du texte, où il détruit, pour incompétence et incurie, pour mésusage - voire trahison de ses préceptes, toute la lignée première version. Quelle est cette lignée ? Les Ss à l'exception d'un homme, sa petite famille et tous les moyens de survie de la fable. Dans ce cas l’évolution des espèces n’est qu’une vaine théorie ? Bien au contraire, la Bible annonce nommément la vérité (ou plutôt une vérité - une impure Fiction - correspondant à un réalité elle aussi impure...). Ce texte avoue à plusieurs reprises, et c’est là toute sa vertu et sa souveraineté, l’essence tout à fait singulière, singulièrement criminelle, mais aussi singulièrement inventive et pathétique de la lignée des Sapiens sapiens, c’est-à-dire les conditions psychopathologiques et stratégiques de sa prise de pouvoir sur tout le vivant et sa volonté désespérée, voire désespérante, de reconduire ad infinitum ce pouvoir jaloux.
 
UNE COLONISATION DÉSIRANTE

Quant à ces genèses (qui vont de la phylogenèse à ce qu’on pourrait appeler la technogenèse), bornons-nous pour l’instant à dire que de gradation évolutive (S.J Gould) en mutation, d’adaptation en sélection, il ne reste d’une floraison d’espèces que celles, grosso modo, qui arrangent la dernière livraison : l’Homo Sapiens Sapiens : nous...
Le tragique sinon le comique ( disons la tragi-comédie) de cette longue épopée consiste en ceci que le Sapiens Sapiens lui-même, après avoir occupé toute l’espace de sa niche - ou de son biotope - a mis en place les conditions d’une mutation à tel point radicale, qu’il n’est pas interdit songer qu’elle inaugure son extinction. Or nous n’en sommes pas encore tout à fait là. Il reste à l’hominien encore beaucoup de choses à détruire, beaucoup d’espèces à éliminer, bref, beaucoup de conneries à faire.
Toujours est-il que, à l’Est, c’était comme des vagues ; de la Mésopotamie un cœur ombrageux pulsa des jets vivaces vers l’Ouest ou, plutôt, un phallus impérieux, impétueux qui, porté à son climax d’un jouir brutal, alla répandre son éjaculat sur l’Europe, par vagues, par jouissances successives, avec à peine quelques moments pour reprendre haleine... Le corps de ce guerrier-là s’appela alors PAX, mais Pax Ouranos, une paix d’un genre nouveau, prométhéenne en diable, celle qui domestique et soumet des petits Titans faits à l’image du Grand Ejaculateur. Voilà en somme toute la préhistoire, voire l’histoire de cette espèce, jusqu’au jour hégélien où la soudaine appétence va se tasser, l’entropie toute naturelle contamine le Créateur concupiscent, le vieillard sublime se vautre contre sa chienne galiléenne pour un ultime et pathétique soupir. Et la race des eunuques advint !
Aujourd’hui, la haine du vivant s'investit dans le travail de l’embryon dit humain : le culte de la vidéo discrimine les cellules, on dénuclée les noyaux, on déplace les gènes dans un remaniement où il serait trop simple de dire que seul l’instrumentalisation pour le bien-être de l’espèce serait la finalité, c’est-à-dire la motivation. C’est évidemment faux. Ce qui motive depuis toujours l’espèce c’est un sentiment ambigu d'empathie/méfiance pour ce corruptible corps paternel puis fraternel. L’instrumentalisation des cellules vise inconsciemment à révolutionner la crainte de l’hominien pour les tabous liés à ces corps, crainte qu’il met lui-même en place pour exorciser les esprits malins qu’il prête à la mort, mais qui ne cessent de se venger... Il y va d’une formidable entreprise d’exorcisme et de pacification des esprits des ancêtres morts, prêt à inféoder les survivants au moyen de projets démoniaques. La recherche fondamentale, après avoir assuré la mort de dieu s’en est prise au corps du fils, pour maîtriser son tardif charisme et son laborieux pouvoir. Il est clair cependant que, tout comme pour le Néandertalien, ce corps et ses incubes feront retour sous une forme encore imprédictible, à rebours même du projet révolutionnaire en cours selon le destin de toutes les révolutions anthropotechnologiques.


UNE NOUVELLE GRADATION  ÉVOLUTIVE DANS L'IMPURETÉ ?

Entre-temps, l’espèce se refait les muscles de survie dans une sélection offensive sans précédent, après quelques siècles mélodramatiques et d’incubation christo-abrahamique. Car la Haute-Moyenne-Classe, associée à toutes les pègres, veut la peau du reste. Il est parlé, ici, au nom du peuple... Pas question, pour les H-M-C de laisser se disperser ses biens monétaires. Elles sont aristotéliciennes à leur façon, les H-M-C : la chrématistique s’accumule à la verticale et en famille. La transcendance pécuniaire constitue le tronc de l’arbre spirituel de l’esprit et de l’ordre nouveau. En famille donc l’impérieux et capital bonheur terrestre et, pour les autres, toutes les déchéances, tous les fléaux.
Oui, une grand famille est là en train d’accomplir son destin, armée de nouveaux instruments de domestication et chez qui on sait compter, Monsieur!
Tous ceux qui adhèrent à cet “esprit de famille”, sans nécessairement en être les opérateurs, (mais ceux-ci en première instance), tous sont une méprisable malédiction de la nature. Or, il est vrai que la nature agit à travers eux, comme s’ils bénéficiaient d’un champ d’attraction favorable. Il faudra donc courber l’échine, parce que ce qui est favorable pour telle masse ne l’est pas nécessairement pour telle autre. Il faudra subir et sans doute périr nombreux, puis laisser la Chance ou la Fortune opérer ses peut-être radicaux retournements. L’horizon soustractif dévoile pour l’heure d’affreuses abîmes et l’enfer ne semble plus un vain mot. Peut-être le langage a formulé un mot de trop, ce mot dont la Cabale dit qu’elle peut à lui seul ruiner le monde (tout comme un mot de "d'empathie d'un genre nouveau" reste à trouver pour - qui sait - le sauver...). Il ne fallait peut-être pas parler d’amour aux moyennes bourgeoises, ces opératrices de bourses républicaines, ces rassembleuses d’hypocrisie, d’usure et de servitudes, avec leurs rejetons bâtards réunis en une horde nouvelle, membres d’une infâme tribu.
En plusieurs offensives au cours des millénaires, cette espèce "impure" dont peu ou prou nous sommes, a pris la maîtrise du vivant. Elle a su se former, s’adapter, se sélectionner, se domestiquer, se stratifier pour l’acquisition et la répartition des moyens et des biens de survie. Appropriation et meurtres, jusqu’au sacrifice de ses propres membres pour peu qu’ils ne se conforment pas à leurs système de totems et tabous, le "bel homme" couvrit la planète comme d’infectes bubons par milliers, par millions, par milliards. Autant de raisons de nous autoproclamer la lignée "impure" et d’invoquer une retentissant Nostra Culpa.
Entre-temps leurs clercs (ces prêtres puis savants & chercheurs soumis qu'annonçait F.Nietzsche) œuvrent, comptabilisent, numérisent, font leur compte à compte. Quand tu t’égares dans les interstices de leur dispositif, aucun vaccin ne te protégera d’une dévoration d’un genre inédit : blocage du système phéromonal, biaisage de ton intelligence, modification sournoise de tes disposition psychico-mentales. Sur l’invisible code-barre de ton front on lira ta valeur ou ta non-valeur boursière, ta congruité mais avant tout ton incongruité dans le compte “attente” du grand plan comptable qui fait battre le cœur mauvais de la cité. A quoi seras-tu affecté ? A quelle divinité fiduciaire ? A quels petits profits et pertes ? L’inquisition du dieu Prosthesis s’est mis en branle. Dans ton gîte, impossible désormais de dormir sur tes deux oreilles. Demain, après demain, une petite déportation guette sans doute tes germes et ton soma originaires.


LA VOLONTÉ DE FICTION CONTRE LA CONTINGENCE DU VIVANT (ou la non-finalité primordiale du vivant face à la “révolution biolithique”…)

Tout le drame du petit humain s’accomplit sous ses propres yeux : l’homme dans l’humanité et l’humanité dans l’homme achèvent leur cycle.. Le poids de la transformation (des espèces) et celui de la volonté virile - laquelle (les technologies aidant) accélère cette évolution, engendre sa propre fin (hégélienne). Cent ans après la mort de Nietzsche — annonçant la mort de Dieu — enfin  la disparition de sa vilaine créature ? Et place nette pour une nouvelle entéléchie ?… (Saint Paul, au boulot!)
Philosophie, psychosociologie, cognitivisme, biologie... : impossible de cerner l’essence de l’être de l’espèce humaine ; on connaît ses coutumes, ses croyances, on lit dans son histoire et dans ses restes paléontologiques. Quid ? Des faits, des traces, pas de quoi former un être d’essence. Il est prédateur, animal social, sexuellement obsédé, contemplatif, inventif, mais un peu tout cela à la fois. Il fut le vainqueur provisoire de ce qui serait défini plus tard par le darwinisme : sélection par la reproduction, la variabilité et l’adaptation aux qualités végétales et animales universelles. Il le demeure aujourd’hui dans la perspective du néodarwinisme. Comme tous les mammifères, il lutte pour sa vie, quoique là il sortait gagnant en nombre et en arrogance comparé à ces créatures benoîtes, et au détriment de son environnement. A travers son dieu "eunique", il s’instilla, s’arrogea, une volonté malade : se convaincre de sa prééminence. Mais cette volonté incarnée en un -1- dieu eunique, cet instinct de surdétermination (de réification), incarne surtout son “mal” (mâle), si bien que tout le processus humain ressemble à une aventure où l’évolution  reprendrait ses droits à son agent mondain favorit (l’humain) selon le principe de l’arroseur arrosé. La sélection, que l’homme croit comprendre et maîtriser un jour, jouera peut-être contre lui : prédateur, Procuste a bien été terrassé par Thésée. Dans les gènes, les chromosomes complotent et préparent qui sait ? leur revanche : une "respéciation ponctuée " (S. J Gould). Disqualifiée, l’espèce dominante et prédatrice, sociale à ses heures... Déboutée du procès qui l’oppose au monde terrestre et son environnement. Déboutée du procès de l’altérité, de toute remède à son angoisse de prédateur devenue sa propre proie. Que lui dit le processus? “Tu changes ou tu disparais” ; Un long mais inexorable champs de ruine et l’émergence, lente mais elle aussi inexorable, de locataires nouveaux ?


L'IMPURETÉ DE L'ÊTRE

La volonté d’un vivant spécifique (l’impure espèce sapiens) a remplacé le pouvoir du vivant dont elle n’est qu’une représentation. Or il n’y a pas de volonté dans le Monde-Tel-qu'il-Est (Verpflichtete Welt). Une fois devenue ce succédané de ce qui “anime” le monde — qu’on représente au choix et selon par “énergie”, “champs”, “matière”, “résonance”, ou “providence”, etc. —  cette volonté s’est retournée contre elle-même, tout naturellement dirons-nous. Et une fois retournée contre elle-même elle fabriqua l’épouvante, le cauchemar du vivant, afin, tardivement - aujourd’hui - de tenter de leur trouver un remède. Voilà le point de départ.
Il faut en revenir à cette Volonté qui détermine et surdétermine la singularité culturelle de l’espèce et la rend si étrangère au monde tel qu’il est, en général, et si hostile et inadéquate au monde mondain tel qu’elle se l'imagine d'être…
La volonté participe de la transcendance et, la transcendance “est gratuite et s’accorde à la surabondance irrésistible de la Vie.” (H. Arendt). Or nous ne sommes plus dans la gratuité. La volonté s’est retournée contre elle-même et se retournant contre elle-même, engendrant l’épouvante et le cauchemar, on va tenter de les “cautériser”, leur trouver un remède. Un remède au cauchemar. Cautériser par de la prothèse — de l’Humain impur — ou, encore, par de la pure abstraction. Tout ce qui spécifie le vivant relève de la contingence, aucune finalité, aucune nécessité au monde; le vivant spécifié sapiens est comme tombé du ciel, “coup de bol” ou coup de malchance. L’être vivant n’est - faut-il le répéter ? - tout au plus de l’être utile qu’à l’être. En cela, incommode, non autonome: l’être a besoin de SUR-ÊTRE pour s’aider à être. Toujours le pouvoir défaille. Développement de cellules, reproduction de cellules, tâches naturelles très vite problématiques pour le vivant. Leur altération par la maladie, la mort, guette. La “tragédie humaine” émerge de cette quête de ce qui nourrit les cellules et les reproduit: avatars “culturels”, bientôt technologiques ,“Car on pourrait très bien dire que “ce qu’on appelle nutrition n’est qu’une conséquence, une application de cette volonté primitive de devenir fort, [et] la “procréation” l’effritement qui s’installe quand les cellules dominantes sont incapables d’organiser ce qu’elles se sont appropriés”” (Arendt citant Nietzsche: VdP). *
La “témérité (Übermut) d’une volonté débordante et prodigue” de Nietzsche, sera perçue par ce dernier - dans ses tout derniers écrits (OC. Tome XIV) comme un simple avatar culturel d’une énergie (cf. plus haut) qui n’appartient pas à l’être, mais qui “doit” être considéré ainsi, tragiquement, pour être, ni plus ni moins. De la plus-value pour affronter le futur. Cette plus-value est entrée en phase prothétique. Dans ce contexte, et dans ce contexte seulement le bien (ou plus radicalement le MAL) émergent à leur tour au-deçà et au-delà du nihilisme. p.196 Arendt/Nietzsche : “Der Mensch sucht… eine Welt, die sich nicht widerspricht, nicht taüscht, nicht wechselt, eine wahre Welt…” Jetzt ist der Mensch, wenn er Erlich ist, Nihilist, nämlich ein “Mensch, welcher von der Welt WIE SIE IST urteilt, sie sollte nicht sein, und von der Welt wie SIE SEIN SOLLTE, urteilt, sie existiert nicht.”” (L'Homme cherche ... un monde qui ne se contredit pas, qui ne s'échange pas..., un monde vrai" (...)  "Or l'humain, s'il est franc avec lui-même, est nihiliste, s'il émet un jugement sur le monde TEL QU'IL EST celui-ci ne serait rien, et s'il juge du Monde Tel QU'IL DEVAIT ÊTRE le jugerait inexistant"). Nécessité contingente (vitale!) de surmonter cette vision claire, nette, et culturellement “nihiliste”, donnant lieu au réflexe courant de l’espèce qui consiste à réintroduire un surplus de volonté, une surdétermination supplémentaire afin de sauver les apparences. Nécessité donc de réévaluer ce monde et de s’approprier, moyennant la dite volonté, des outils - techniques ou mentaux nouveaux issus de cette Volonté vers la puissance. “Zur Uberwindung des Nihilismus braucht man die Kraft, die Werte umzuwenden… die scheinbare Welt als die einzige zu vergöttlichen  un gutzuheissen…” (Pour vaincre le nihilisme, on a besoin de la force pour tranvaluer les valeurs... afin de sacraliser, de bonifier le seul Monde apparent...).
Le vivant en tant que tel ne trouvant sa justification nulle part, il suffisait donc quasiment en toute occasion de modifier l’évaluation du Monde tel, ne fut-ce que pour le rendre supportable, pour lui donner la caution d’une maîtrise ou d’une spiritualité. Il n'en reste pas moins que de façon rémanente le vivant est une fausse évaluation de cette énergie universelle : il n’est que “finitude”, corruption, incarnation du chaos au jour le jour au pire, d’incomplétude au mieux.
Ce que nous voudrions développer est l’idée que le vivant interprété par l’espèce récente (la seule et la première qui VEUT se l’approprier compulsivement), a cru à tort puiser le pouvoir de son vouloir dans ce vivant. Bien au contraire : Le pouvoir ne peut qu’être toujours inventé et réinventé ad infinitum, et notamment par des moyens culturels “durs” - monadologiques, dirait Leibnitz -, aujourd’hui technologiques et sans doute respécifiants. C’est-à-dire, on prend conscience de la faiblesse du pouvoir sur le socle hominien du pouvoir naturel, alors on va remanier le socle afin de le rendre faisable pour un pouvoir autre : une espèce remodelée par la numérologie.
Pour gratifier le pouvoir du vouloir “humain”, le vouloir se retourne donc contre le vivant (contingent, problématique), lui instillant un vivant “second”, prothétique,  surdéterminé biologiquement, infléchi vers plus d’abstrait, plus de machinique et MOINS DE  SIGNIFICATION “HUMAINE” — et, sans doute plus de symbolique, voire d’eschatologie. En fait un surhomme technologique : Un hominien “das genug Willenskraft besitzt, dass es des Sinnes in den Dingen entbehren kann… in einer sinnlosen Welt zu leben aushält” ("qui possède suffisamment de volonté pour se passer du sens des choses... et supporter de vivre dans un monde qui en est dépourvu...")
(Ce qui ouvre largement au DEVENIR. Car, si “la valeur du monde n’est pas appréciable”, il est logique, voire sensé, de laisser le monde largo sensu s’apprécier lui-même. Le moi-voulant étant répudié, la politique expédiée, la dite autonomie du dispositif technique et abstraite elle-même soumise aux “lois de la réversibilité” qu’elle croit être en passe de “pouvoir” réguler en soumettant le “cauchemar du vivant”.)
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 * Écrits de Nietzsche, 1887/8 - Weimar, WII3 (version Montatori ) :
(...)
"Der Gelaub an die Vernuft Kategorien ist die Ursache des Nihilismus, - wir haben den Werth der Welt an Kategorien gemessen, welche sich auf eine rein fingirte Welt beziehen."  [La croyance aux catégories de la raison est à l'origine même du nihilisme - nous avons mesuré le sens du monde à des catégories qui procèdent d'un monde puremen fictif."]
(...) "Die Gefahr der  Gefahren : Alles hat keinem Sinn." (...) "Ungeheure Gefahren sind entfesselt ; aber sich wiedersprechend, die enfesseltente Kräfte sind gegenseitig  vernichtend... die enfesselnde Kräfte  neu su binden, dass die nicht gegenseitig vernichted, und Augen aufmahen für die wirkliche Vermehrung an Kraft ! "  (...)
["Le danger des dangers : rien n'a de sens" (...) D'énormes dangers  se sont déchaînés ; mais, étant contraires, leurs énergies libérées s'annhihilent réciproquement... relier de nouveau ces énergies déchaïnées, afin qu'elles ne s'anéantisent plus, puis ouvrir les yeux sur leur véritable accroissement;"]
 (...) "Wir haben den Blitz unchädich gememacht : wir mussen erfindlich sein, um ihn nützlich zu machen, ihn arbeiten su lassen,."  (...) ["Nous avons rendu la foudre inoffensive: nous devons devenir inventifs afin de la rendre utile, pour qu'elle accomplisse son œuvre" ]



LE CAUCHEMAR DU VIVANT

Lamarck suggéra en 1809 que les espèces peuvent changer au cours du temps et qu’une espèce peut se transformer en une autre ; cela, depuis Darwin est universellement accepté mais mentalement refusé par notre espèce ; de là cette rage cyborgienne...
Steven Pinker, disciple de Chomsky ouvre le chemin : “On peut aussi prédire qu’à l’avenir c’est l’esprit humain qui façonnera la technologie de l’information, et non l’inverse. L’avenir sera source de réjouissance...”. Pour lui chaque outil, étant inventé par l’humain, lui est prédestiné et adaptable. Sans insister sur la transmutation à laquelle cet esprit aurait dû se soumettre ou aurait été soumise, car “l’évolution se borne à favoriser des variantes génétiques...” (Techn. Review, Mass). Pinker prône la constance de la nature humaine livrée à ses inventions de façon presque ironique voire votive.
Chez les biogénéticiens : Ironie de l’aventure, le successeur de cette espèce naîtra non par des mutations adaptatives naturelles, mais des bricolages biogénétiques et autres que l’espèce précédente (la nôtre toujours) entreprit pour rendre encore plus performant, plus immoral et plus glorieux son mal-être au monde. Erreur d’appréciation qui n’échappa pas aux gènes, à la cladogenèse. “La majorité des changements évolutifs sont “contingents”, dépendant d’événements antérieurs aléatoires.” (S.J Gould).
Voir du côté de néodarwinien où c’est le gène lui-même qui est l’objet de l’évolution : (Bauchau et Kate Lessels - R.1997) ; “Cependant des erreurs, des “mutations”, se produisent, et nos deux bactéries (la bact. et sa reprod. ARN) sœurs pourraient bien avoir une composition génétique légèrement différente”....ou...” quand une portion d’un chromosome se trouve dédoublé”. ou...plus loin (Réchauffement de la planète) “même si en cas de stress, comme ici, la fréquence globale de toutes les  mutations peut augmenter”. À formuler ainsi : “Ceux qui résistent le mieux (par une qualité génique) à l’horreur connaîtront au mieux le bonheur de l’horreur”, ou encore, “ce n’est pas la cause qui est l'effet causal, mais la peur (stress) de la cause, ce qui prodiguerait à un éventuel Breacher (cf. ethnométhodologie de H. Garfinkel) son “dédoublement de la molécularité”... Ce qui renvoie à S. Gould qui “affirme que la majorité des changements évolutifs sont “contingents”, dépendant d’événements antérieurs aléatoires. ...et que la vie aurait pu aussi bien se fonder sur l’autre forme isomérique (2) (que les dextrogyres ; molécules de formule identique, mais dévient le plan de la lumière polarisée vers la droite ou la gauche). “ Peut-être s’avérera-t-il que l’utilisation des glucides dextogyres n’est pas le résultat du hasard mais celui d’une pression de sélection encore inconnue. Le besoin d’une espèce de s’amender peut alors fonctionner comme une évolution de prévisibilité (si l’on entend parler de “ La pression d’une sélection encore inconnue.”) (Revenir au Gène égoïste de Dawkins). A partir de quoi, dans l’ensemble il ressort que les modifications partielles menant à cette chose nouvelle (Breacher...) ont déjà eu lieu ou sont en ce moment même en phase opératoire. En tous cas le “mécanicisme mou” ouvre très largement à la surprise, la chance. Le “bricolage” ouvre de larges perspectives au sein même de la corporation qui s’apprête à toutes les surprises à venir quant à “l'Histoire de la vie, qui a abouti à cette attente technico compulsive d’un changement venant du gène, changement obligatoire, incontournable, mais, dès à présent, bricolable et anticipative. L’anticipation active voulant sans conteste “éviter les erreurs du hasard”. Or le hasard “fait toujours le contraire de ce que l’être souhaite”. (Ses motivations n’étant pas celles, amorales, de la nature, qui opérera une transvaluation probable du sentiment de haine (stress, angoisse, mégaprudence, arrogance, etc...).
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LUDOGENÈSE (Voir Liens en bas de pages)

Le vivant n’est pas fondamentalement chose "humaine" quand bien même elle peut être spécifiante, c’est-à-dire créateur de l’espèce et, notamment, voire même incidemment, l’humaine. Le vivant est un jeu de "loto" producteur de tout et de rien, un temps-espace grouillant de phénomènes et d’antiphénomènes où la “niche hominienne”, le monde-terre figure un étant mouvant et contingent
L’histoire hominienne est l’effet d’un "jeu" moléculaire, d’un bricolage génétique et de la rencontre hasardeuse entre un mammifère complexe et un “caillou” pour paraphraser Anaxagore. Le jour, pour nous lointain, où le premier hominien devint l’interlocuteur entre lui-même dans son animalité et la pierre dans sa minéralité, il émergea, sans "nécessité", comme interface adhamique entre deux entités qui, au cours des millénaires qui allaient suivre, produiraient l’outil scientifique comme objet anthropotechnique. En réalité, le vivant, la pierre et l’interface hominienne se constituèrent comme une entité évolutive dans le mouvement universel, ni plus mais ni moins. Il n’y a en somme jamais eu qu’un jeu de dialogue, qu’un feed-back à l’intérieur de cet objet spécifique : hominien-pierre ; alors put commencer un rapport entre choses de même nature complexe, entre d’autres entités hominien-pierre, la pierre imprégnant l’hominien conducteur et agent d’information, d’une dynamique autre, disons nouvelle. La pierre comme outil, la pierre comme miroir, la pierre, surtout, comme langage - langage de feu, de guerre, de survie. Avec la pierre commença la science, l’histoire et l’érection des premiers éléments carcéraux et destructeurs de ce qui serait la niche humaine. La pierre comme premier symbole de sédentarisation, la pierre bâtisseuse, la pierre dissuasive et défensive. (Autre façon d’aborder la “domestication de l'être", cf. Sloterdijk.)
Pour vérifier qu’on n’existe pas, il suffit de constater combien il est naturel, facile, tentant de faire du mal, voire le mal. Le malin — en termes christo-abrahamiques — est apodictique (« Apodictique. adj. - 1598 ; lat. d’or. gr. apodicticus - Log. Qui a une évidence de droit et non seulement de fait), un fait objectif et un droit du social, historiquement vérifié au reste. Si je ne tue pas directement, par exemple, c’est d’abord parce que je n’ai point goût à assassiner. Le “tu n’assassinera pas” de la Torah version Chouraqui, relève moins d’une parole révélée que d’un lâche instinct de conservation, mais surtout parce qu’il est plus sage, plus intelligent et, partant, plus délectable et épanouissant d’infliger à l’autre la peine de vivre. Il est étonnamment facile de démontrer au plus heureux des hommes (donc au plus sot) que sa vie est déjà un cauchemar. Le pire du cauchemar étant d’ailleurs non le cauchemar lui-même, mais l’illusion, le mensonge qui fait accroire que la vie n’en est pas un… Il existe certes des moments incertains et fugaces où la vie ne semble pas un cauchemar; à condition toutefois que l’on sache, voie et subisse la réalité objective et donc cauchemardesque de la notion même du vivant pour, ainsi avisé, s’y aménager des instants de délictueux délices… On peut distinguer - mais nous y reviendrons - le cauchemar statique: la stupéfaction paralysante, la sidération suffocante du vivant asservi à la contemplation monothéiste sous prétexte d’une improbable rédemption de sa condition cauchemardesque. Mais il y a surtout le cauchemar cinétique: le grouillement biologique fétide et répugnant de tout ce qui relève du vivant.
 
ÊTRE-CAUCHEMAR OU N'ÊTRE PAS, IS THAT THE QUESTION ?

Les prolégomènes du cauchemar prirent forme voici quelques milliards d’années pour ce qui est de notre planète, mais ce n’est que depuis quelques millions, pire, depuis quelques milliers d’années que l’obscénité du vivant commence à atteindre un degré de perfectionnement et de raffinement à tel point cauchemardesque que l’homme — doté d’une lucidité maléfique et d’une intelligence supérieurement anthropophage —, ne peut que s’élever contre l’ignorance crasse qui se représente le vivant comme une incarnation d’un Bien et même d’un simple bien-être. Mieux ! Le destin létal de cette planète est corrélatif de toute forme— surtout "dite" supérieure — du vivant depuis qu’il s’est désincarné dans “l’Être-cauchemar”. On peut imaginer que les autres planètes échappent à cette malédiction: on les appelle d’ailleurs étoiles dont les plus sublimes, les plus sages sont mortes de surcroît…
Avec le sapiens, la fiction — prenant aussitôt la forme du cauchemar d’ailleurs — entre dans le vivant sous l’espèce démente et dominante de structures et de configurations génétiques obscènes. L’énergie du vivant, la nature disons spinienne de ses masses moléculaires ne sont rien d’autre que l’expression métaphorique d’une "effectualité formative” du cauchemar : autrement dit, le vivant initialise la genèse morphique de l’ignoble, lequel s’exprime dans et par "la part maudite" ; de la pure dépense pour rien (Bataille). Donc, autrement dit encore, la “mécanique du vivant” est la métaphore de la vacuité à l’œuvre; un étant absolument entropique.
Ici la croyance en Dieu est donc le suprême recours du déchet. Elle feint de donner au déchet un statut divin, une réification de l’impossible, une théophanie du cauchemar qui sous-tend et définirait le vivant. (Dieu n’est pas mort — Nietzsche n’osait pas le dire mais le savait — dieu est mortel, à l'image de son inventeur). Le déchet, définition spatio-temporelle du vivant, comme son nom l’indique, ne se justifie qu’au travers du principe de la déchéance récurrente ; Toute l’entreprise hominienne et singulièrement humanitaire renforce paradoxalement et radicalement sa propre disqualification de par sa désincarnation “apodictique” dans la déchéance. Le devenir de l’homme est alors — idéalement — l’avènement conscient du cauchemar : le vivant mis à l’étiage de la vacuité humaine. Être pourri ou n’être pas, le pari, en termes pascaliens autant que kantiens est assertorique (Assertorique, adj. — 1838 ; du rad. assertion, d’apr. l’All. Assertorisch, Phil. (Kant)  Jugement assertorique, qui énonce une vérité de fait - et non nécessaire). Un homme heureux est un homme qui vit joyeusement sa mort, un homme qui jouit de sa décomposition. Pour lui, le principe du plaisir est en  analogie avec le principe de la décomposition. Il accepte avec allégresse de n’être que dans la répugnance (du vivant) et se réjouit à l’idée (qui n’est point propriété privé comme dirait Wittgenstein) que cette répugnance ne sera plus par arrêt de mort. La mort, la décomposition annoncée du vivant est cependant la seule excuse du vivant. Hélas, sa version hominienne ne l’entend pas de cette oreille. Dès lors, anticiper, voire précipiter sa fin devient vertu (virtù) ; anticiper, précipiter la fin de ses semblables est, en conséquence logique, la forme la plus élevée de solidarité. L’altérité altère le vivant en précipitant chez l’autre sa décomposition. Comment dès lors aimer l’autre? La lecture biblique n’est révélateur que sous sa forme inversée : “Anéantissez l’autre comme vous vous anéantissez vous-même”. (cf. Détritivores). C’est ce qu’a compris l’industrie contemporaine, celle, industriel-politique et militaire dénoncée par M. Tibon-Cornillot, celle de la biogénétique mais aussi l’activisme renaissant d’une néo-théologie islamo-christo-judéo-évangelico-mafieuse, appariée aux industries ci-haut nommées. Extirper le vivant par la mise en œuvre d’un système de prothèse (lacunars) partout où le vivant s’effare de lui-même, s’évertue à vouloir être autre chose que le cauchemar de la déchéance et le pourrissement inhérents à la vie. Aussi, le jour où la prothèse aura remplacé le vivant, le cauchemar n’aura objectivement plus de raison d’être...  La technique du vivant contre le vivant instrumentalise la vacuité: le jeu objectif liquide le cauchemar. L’extermination du vivant est donc la conscience de la Technique: science sans conscience est acquiescer à la prolifération du vivant et ruine la vacuité contemplative ainsi que la perspective tragique des objets énergétiques affectés à Rien.

COMME UN POISSON DANS L’EAU…

En réalité, comme partout d’ailleurs, du protozoaire au mammifère marin, cela agresse et bouffe. Méduses, crustacés ou requins n’ont pas ou à peine le temps ni les moyens de respirer avant d’être engloutis ou avant d’engloutir : quoi ? le bonheur, là est le refoulé aux effets de prédation dans l’élément qui n’est autre qu’un linceul liquide. Ce n’est pas en vain que le poète parle du cimetière marin. C’est même assez joli… Seulement, la soupe primordiale, élément gravide de vie en ses débuts, aux abord de ses rivages, donc à terme lieu de prolifération de mort, en effet, avec l’œstrogène, devient cloaque. Cimetière marin et cloaque où le mammifère va se faire bipède pour son malheur. Le transformisme veut qu’on ne change pas impunément d’élément. À l’air libre, survivre devient une peine, ensorcellement industriel. À l’air libre, l’infection bactérienne guette. Méchant cadeau fait par l’évolution à des choses post-aquatiques qui ne sont pas très au point “pour nager en eau trouble”. Mais la tératologie — l’évolution — a des raisons que la raison n’a pas. Les menstrues des égouts et de la chaîne alimentaire donnent des saveurs inédites aux blets fruits de mer que l’homme, ancien élu de la soupe primordiale, déguste glouton à souhait, devenant ainsi un peu plus stérile et métastasé chaque jour. Les caïmans des marais de Floride, pour les mêmes raisons, deviennent hermaphrodites, un peu comme les vaches agrémentées de CJ deviennent folles, avant d’infecter de mort morte le carnivore humain.

LUBIES ET LOBBIES —SYSTÈME DU SPECTACLE ET SPECTACLE DU SYSTÈME

En somme, la lutte pour la vie du vivant se traduit par l’affrontement de lobbies du vivant où le plus complexe le cède au plus simple : le viral. S’émerveiller devant le vivant, militer pour la défense du vivant — outre que cela présente de sottise propre à tout militantisme — consiste à prendre la défense de dévorations et d’intoxications réciproques. La fin eschatologique de l’homme est de n’être jamais qu’un temps tragique mais pas seulement tragique dans un environnement austère, hostile à lui-même et à tout ce qu’il contient.
Pourquoi cette haine du vivant de la part du vivant qui s’est désincarnée dans l’espèce dite humaine ? Tout le monde a pu apprécier, sur quelque écran, des jeux cinétiques  video-games fort amusants et spectaculaires développés sur un stade au moyens de milliers voire de centaines de milliers de dominos, composant un minutieux et gigantesque tableaux héraldique (ou autre). Il a fallu des semaines pour ériger chaque pièce comme autant d’infimes coups de pinceau. Le jour J. une des pièces — la première érigée — est renversée, entraînant, durant un temps T, assez long pour émerveiller le spectateur, un affaissement sériel du tableau sur lui même. La destruction de l’identité humaine, la haine de l’homme pour les formes du vivant, — murailles de verdure, flore, faune, tout mouvement morphiques de la vie mortelle — procèdent d’un semblable défi “ludique” : érection d’une image surdéterminée de la victoire sur le “clou” qui nous crucifie - jolis martyrs ; image qui contient en elle un élément d’une métaénergie qui provoque sa destruction. L’hominien devenu déchet en surnuméraire joue dans la répugnance à l’idée — qui devrait être naturelle et face à laquelle les symboles, mythes et rites d’antan servaient d’exorcisme — que “la vie porte la mort et se maintient dans la mort même” (Blanchot, cf. Hegel). Le jeu de l’espèce ainsi a fini par lui dicter les prolégomènes de sa ruine. Cette réversibilité de l’instinct de vie en instinct de mort — ce dernier étant refoulé pour apparaître surdéterminé dans un spectaculaire “jeu de stade” — définit l’espèce récente. Comme si, du fait entre autres de son surnombre devenue masse critique, elle était devenue malgré elle, un concentrée infectieux de l’hubris, une mise en scène immanente et systémique, en temps presque réel, de cycles construction/destruction, apparition/disparition. Systémique en ce sens que le système a fini par remplacer le symbole, le symbole trempant encore dans les marais féconds et paradoxaux de la corruption; la vie et ses corruptions vivifiantes, tragiques mais vivifiantes, oniriques (jusqu’au cauchemar fondateur de l’Industrie). Contre le mouvement corruptif, tragique et vivifiant de la nature, le système s’emploie ainsi “à (la) supprimer comme une réalité ignoble contraire à la splendeur divine” (Ceronetti). Et ce système est en passe d’atteindre son degré de surdétermination fatale. Peut-être au demeurant n’était-il que temps…

L’ÈRE DES GERMES :  DE L’INÉDIT DANS LA TÊTE

Si l’espèce humaine — et elle seule — s’émeut à ce point de la corruption du vivant qu’elle en a fini par mettre en place un système de rejet compulsif, son appauvrissement devant la mort (par le nombre sidérant et sidéré) est devenu tel qu’il “se jette sur le vivant comme la vérole sur le bas clergé”. Étonnons-nous que l’attachement compulsif de l’espèce à des formes systémiques du vivant aseptisées, désincarnées prenne la forme de maladies sexuellement, nutritivement et mentalement transmissibles. Où et comment ? Les lieux de recherche seront de moins en moins — qui s’en étonnera — des lieux de méditation, et de plus en plus, en revanche, des lieux d’action et de servitude d’un genre inédit. Dans l’ère du marché global obligatoire (EEAO : évolution des espèces assistée par ordinateur), tout chercheur digne de ce nom obéit dans son labeur quotidien aux droits de la servitude. Et si sa liberté finit là où commence la “nécessité assertorique” des groupes du Dispositif industrie-finance-théologie, cette nécessité lui suffit amplement pour exprimer son potentiel surdéterminé et surdéterminant de création au service d’une identité nouvelle : l’identité du collapsus. Les outils mis à sa disposition pour modifier, pacifier, “purifier”, remodéliser le vivant — en l’espèce même de son “espèce”… — sont ceux d’un jeu dénaturé qui contraignent impérieusement — douloureusement — le regard à se focaliser sur une unique tâche de précision; toutes, ensemble, visant à créer — ex nihilo ou quasi — un humain à l’image d’une chose unique.
L’éthique intégrée de la "Revolution in Business Affairs" renvoie non seulement “à une réforme de la gestion impérialiste du Pentagone”, comme le dit Tibon-Cornillot au sujet de la stratégie militaro-policière créée par l’hégémonie américaine, mais — l’esprit absolu étant à l’œuvre en analogie (féconde?) avec le rationalisme qui aspire à cette caution de toutes ses fibres activistes — à une contre-réforme abrahamico-mafieuse initiée par le Vatican (et repris de manière encore désordonnée par l’islam). D’autant que le corpus surdéterminé des législations humanistes, avec ses droits de l’homme à l’enchère, court, jour après jour, à sa ruine…
Tout cela pour dire quoi : Mentalement projeté dans le vide, numériquement et systémiquement surdéterminé voire surévalué - et ne pouvant s’enraciner, s’ensocler que dans une contention compulsive de computation de sens à travers un réseau d’information hypostasié sinon métastasé - le corps encore vivant de l’hominien contemporain galope, en temps réel, vers un épuisement, sinon une fragilisation extrême de son “système” de défense immunitaire, laquelle défense risque bien n’avoir pas mal “d’atomes crochues” avec la virtualisation de vies secondes, tierces et plus. L’introduction de la réforme imminente christo-catholique pourra alors se prévaloir de punir l’homme par là où il pèche… : Le système cérébro-neuronal.
L’assurance, en somme, d’un éternel détour (pardon Fritz, "retour") échu à l’espèce, quand bien même il n’en demandait pas tant. Un simple “coup de téléphone de l’au-delà”, comme dit Nietzsche (Généalogie de la morale), et le processus cyclique remet les pendules à l’heure sur l’astre dont l’arrogant hôte finirait, dans sa volonté interventionniste hallucinée, par bien vouloir crucifier jusqu’à sa fonction gravitationnelle.

LA MATIÈRE FABULATOIRE, LA DENSIFICATION FICTIONNELLE
(Vers une nouvelle forme de méningite ?)

Quelque chose est venu s’immiscer en nous, que nous sommes tentés d’appeler « l’esprit malin » –, et qui nous pousse disons à bout... Conscience de l’impossible et de ses avatars, ça fait belle lurette que nous connaissons, ils sont l’outillage familier de nos bancs d’essais. Nous recevons une souffrance du monde, un monde en souffrance nous contamine de son quelque chose, une pesanteur, une volonté de masse, qui vient, à l’instant où elle s’instille en nous, d’atteindre un degré de densité qui comprime le vivant avec une violence peut-être semblable à celle qui provoque le collapsus fatal et épisodique des étoiles. Un spasme corpusculaire secoue-t-il la chair du monde ou bien est-ce la chair du monde elle-même, foudroyée par ses dérèglements, qui succombe à une crise d’épilepsie ? Alors cette douleur nous terrasse jusqu’à ébranler notre endurance, et nous sommes tentés – en nous supprimant – de mettre un terme à la séance de torture généralisée à laquelle est soumise le monde. Tentation vaine autant que risible, car à quoi servirait cette suppression si elle n’éliminerait pas d’un coup tout le vivant ? Cette chose qui fleure la mort, qui est une mort, mais une mort qui ne vous retrancherait pas d’emblée du vivant, a une fonction précise, écologique. Hormis quelques inconvénients affectifs et matériels, elle est un agent naturel de mise à l’étiage du vivant. Le vivant n’est justifiable – comme partie phénoménale d’un tout – que rabaissé à son niveau le plus modeste, voire bas. Au-delà il devient exorbitant dans sa volonté de croissance et de multiplication, au-delà il se veut prolifique, au-delà il se veut glorieux. Toute prolifération exubérante, toute exaltation procréatrice, toute glorification épiphanique de la vie est une incitation au cancer. L’étiage de la vie, depuis quelques longues décennies, se fait mal. La mort se glisse sous le masque de la survie – qui est une mort déguisée, une reconstitution « vivante » de la mort. L’envahissement dangereux de toute forme de vie est la conséquence d’un dysfonctionnement de la mort dû à la mainmise affolée et indifférente à l’équilibre écologique de sa planète, de la part de l’Espèce. Aucune autre espèce ne hait autant la mort – et la nature – que l’humaine, jusqu’à faire proliférer les formes de vie les plus immondes. Mais, au-delà de l’immonde, il y a quoi, quel monde se cache derrière l’im-monde ? Quelle fiction au-delà de l’affection ?
Pour être réellement fictive, une fiction a besoin d’un « support adéquat ». Sans le socle d’un terroir propice à une quelconque convention fictive, la Loi ne serait même pas une fiction, c’est-à-dire, elle ne serait pas. Le Monde qui présida à l’avènement d’une particule élémentaire, ne connaissait que la ruse de produire rien pour rien, pour multiplier, dans une dépense pour rien, ce qui n'est assignable à rien. Il fallut la rencontre fortuite de milliards de particules pour engendrer quelque chose comme une substance illicite, une substance sans existence, mais ouverte à toutes les infections. C’est après l’apparition de cette "substance illicite", et après que la fiction l’ait infectée, que les germes de la Loi pussent s'y développer. C’est en informant cette substance germinale de son phantasme de légalité que la chose fictive donna jour à une loi sortant de nulle part pour n’être rien en somme qu’un appareillage entre le Rien et l’inexistant. Pareillement la branche s’indétermine à partir de l’épiphyte — le végétal parasite venant se greffer comme une fiction sur son socle convenu ; parasitée par sa greffe, la branche reçoit de celle-ci de précieuses informations sur sa propre qualité fictive ou parasitaire. Ainsi le monde hésite entre deux désastres : le soustractif et le surnuméraire ; n’étant soustractif que dans et pour sa destruction massive, il ne se multiplie que moyennant la seule croissance parasitaire, la densification fictionnelle. En vertu de quoi l'épiphyte a le droit de traiter l’arbre en épiphyte, tout comme, inversement, le lignacée a le devoir de conférer à l’épiphyte un statut d’arbre. Désormais on sait que le dialogue se fait entre choses fictionnelles, entre deux entités qui mutuellement s'informent perpétuellement de ce qu'ils ne sont pas hors de leur babil informationnel.
Vivre la mort en somme, mais comme une accalmie au cœur d’un combat sanglant ; les corps se reposant parmi les ruines, corps contre corps, les combattants, mêlés, entremêlés dans le reposoir des décombres, en mimétisme avec ceux-ci. Faire en sorte que l’énigme dans sa rémanescence s’interroge follement sur elle-même. Il n’est pas improbable que cette matière-là ait été infectée par nos hystéries, nos convulsions, nos extases, notre souffrance et notre perdition (E. Morin) ; que ce qui n’est pas se soit mis en tête de jouer à quelque jeu d’être, comme entichée d’une frénésie soudaine et ontologique. Peut-être n’y a-t-il pas de leurre ; peut-être y a-t-il un leurre mais à ce point imprégné, alourdi de fiction, si surchargée de masse fictionnelle qu’il n’attend qu’une occasion pour prendre la forme émotive d’un... corps. Que brutalement toute l’impavidité blanche du vide se prenne d’hystérie, que le leurre prendrait corps au moment même où le corps, devenu fictif, le nôtre, retranché dans ses décombres, s’apprêtait à disparaître dans le noiseux avènement du simulacre.


EFFECTUALITÉ

On en connaît donc pas la "Cause", on ne connaît qu'un arrangement d'effets, l'aventure noiseuse, chaotique, interminable qui lie un effet à une autre effet, puis un multiples d'effets à ce qui leur plaît de produire, puis cette chose produisant d'autre effets, et ainsi de suite. Ce qu'on croit être une causalité est une effectualité. La cause première n'est pas, tout ce qui se réclame de lui n'est rien et ce n'est que dans la mesure ou l'effet ne se réclame d'aucune cause qu'il peut se fictionner sa fable, et peu importe qu'elle soit pure ou impure à l'arrivée.
Est-ce réduire l’espèce à moins que rien ? Son destin et son mystère résident là, dans l’expiation obligé de n’être que ce qu’elle est, erreur d’optique, la pire erreur d’appréciation qui soit au regard de l’informulabilité du monde. On ne pouvait à ce point se tromper en faisant de sa fausseté le fondement d’un univers « vrai » ; mais on peut, en revanche, concilier la conscience avec la conscience inversée de la conscience, on peut invertir l’ordre des choses de la conscience, non point pour dévoiler enfin du vrai, non point pour s’absoudre du faux, mais pour amortir la chute, pour esthétiser, pervertir la chute, faire en sorte qu’elle forme le cadre chromatique paisible à l’intérieur duquel se profile la trace émouvante de “quelque chose” qui aurait pu prendre forme à partir de rien.
De la même manière, la disparition de l'espèce annoncée nourrit son art et cet art est de l’ordre apodictique de ce qui doit advenir, et ce qui doit advenir n’est plus de l’ordre de l’humain. Sa conscience est conscience avec la connaissance des conditions complexes de son apparaissance et de sa disparaissance.  « Il (ne sera) plus jamais question, une fois entendu le récit qui installe la conscience dans le brouillard des incertitudes, de prouver la réalité d’un objet ou de valider un concept » (J.F Lévèque). Comme le Dieu de Pascal, l’homme est mis hors jeu de sa propre fatalité ou, mieux, il s’est incarné dans sa fatalité : fiction il retourne à la fiction. Fin heureuse du règne du calcul des improbabilités. Tout est enchaînement dans le paradoxe qui veut que ce qui feint de vouloir s’ouvrir à un étant est déjà en position de devoir comparaître devant la probabilité de n’être plus. Ou encore : il suffit qu’une chose soit pour qu’elle entame son processus du n’être-plus : mais il sera plus judicieux encore de retirer en l'inversant ce dernier infime point de temporalité : il suffit qu’une chose feint d’être pour qu’elle ne soit.
Comme croire que la Nature crée, qu’elle produit. Ce sont des lubies de l’être, car il y a de l’être dans la nature comme il y a des amas de particules, l’être est un amas de matière fictionnelle une fois celle-ci affectée à - voire "incarnée" dans un objet.  Penser, dès son origine, c’est penser contre l’inconstitué de la nature, au bénéfice de l’être. Mais absolument n’importe quel être ; aucune hiérarchie ou prééminence de l’être. Toute ontologie se fait négativement au regard de la Nature. La négativité donne de la consistance à l’être et révèle sa situation tragique et impossible au sein du jeu de la Nature, car cette consistance est purement fictive, contingente et aléatoire, susceptible de n’être plus à tout moment. Mettons que la négativité fonde l’être, tout comme l’indifférence de la Nature à l’égard de tout objet “au hasard abandonné” (Héraclite) peut constituer l’origine de l’être ; un déchet, une poignée de poussière tombée de la Nature, dans la nature, peut se constituer en être, comme un dé s’immobilisant (un temps) sur un nombre “trois” donne de l’être à ce trois. La Nature ignore l'altérité, puisqu'elle est tout et rien à la fois. Ce qui fait de tout être un crime sans mobile, et de tous les hominiens des coupables éternellement à la recherche d’un faute invertie : "désirée désirante".
Nous ne retiendrons principalement donc que l’aspect vitalisant de ce comportement aberrant et évidemment pathologique. Car qui dit pathologie dit thérapie, le rajout d’une marchandise à un sujet économisé : Prosthesis. Alors, faut-il se sauver du fétichisme ou sauver le fétichisme, en se disant - les yeux ouvert - que rien n’est absolument grave, qu’il suffit d'évoquer, d'invoquer l'outillage d'un mythe assez empathique pour affronter les effets du pire ?  “... Und aus dem Chaos sprach eine Stimme zu mir : “Lächlle und sei froh, es könnte schlimmer kommen! ... und ich lächelte un war froh, und es kam schlimmer...!” (Et du vide me parvint une voix : Ris et sois joyeux, cela pourrait être pire... Et je riais et je fus joyeux, et le pire advint...!” - Kulturrecycling).


DE PROCUSTE À PROSTHESIS, DU MYTHE AU MYTHE, TOUT EST MYTHE.
(Le délicat outillage de la sphère mondaine)

Faut-il en faire partie ? Cela vous inspire?... Cela ? ; Les mécanismes évolutifs des masses et leurs outils... L’intimité complice et précieuse de la petite sphère ou, plus loin, les processus entraînants et enchaînants de la grande sphère. Faut-il en faire partie, de cette grande sphère qui parle plus fort, qui en fait davantage, qui engrange ad infinitum, qui séduit par ses trouvailles et vous propose l’aventure de demain. À d’autres petites sphère à venir, en gésine aujourd’hui mais encore constituées nulle part. La grande sphère m’effraie, la petite se meurt ? Alors ne plus bouger, ou à peine. Ou sortir de toutes les sphères ? Sous la grande sphère mondaine on vit amputé. Petites sphères insaisissables. Les petites sphères ont séjourné dans l’auberge de Procuste, violentées dans l’ancienne chair, amputées, rassasiées en rien, elles errent sur la route de toutes les déroutes...
L’idéal serait l’enrichissement réciproque des sphères petites et grandes : que l’hubris ait un sens d’épousailles. “Il y a bien deux types de sphères, crie-t-il, celui qui nourrit votre substance et celui qui se nourrit de toutes les substances pour former une mégasubstance qui est la sienne!” Mais qui est qui dans cette affaire. Qui pliera le genou, mettra genoux à terre ? Faut-il que ce soient les petites sphères ou la grande ?
“Je reste debout, indécis, sans frère, dans la sphère implacablement dure et chaotique.” Une armée d’étrangers au coude à coude, avides, procustéens, et bridant tout affect. Que deviennent les corps dans tout cela ? Leur libido est captif du système Procustéen qui les étire et les ampute. “Face à quoi, ma maladresse, ma solitude, mon rêve poursuivant mes vieux os. Devant mes yeux, la photo d’un ange de pierre, enfant ailé, tristement le coude s’appuyant sur un crâne de mort. Un ange découragé. Mon rêve trône là, mélancolique.” Que faire ? Tous dans la nuit, amis, frais ou anciens, à gérer leurs heures, leurs jours, leurs humeurs. Le Royaume sombre des isolés. Tous des rescapés de l’auberge de Procuste. Les liens sont au point de se rompre à jamais. L’électronique feint de tenir ensemble une communauté bizarrement branchée sur un devenir que nul n’est en mesure de supputer. La spéculation est sans chaleur et les bouteilles trop nombreuses à la mer se chahutent dans l’improbable quête d’un Graal profane. La grande sphère va se formant selon une stratégie sans âme et sans espoir pour les anciennes sphères blessées d’un séjour dans l’auberge de Procuste, qui se meurt lui aussi. Un adieu qui s’est fait sans mots. On force les mots, rares, à être pratiques, circonstanciels, nécessité faisant vertu. Tous orphelins de notre tortionnaire, père, filles, fils et mères confondus. La petite sphère mythique et fragile contre la grande sphère pratique et payante. Car on paye son abonnement au fournisseur tyrannique de la communauté des branchés du réseau, synthèse bizarre, parce que encore innommée, de servitudes. De qui êtes vous les serviteur pour trahir à ce point nos anciennes complicités d’heureuses victimes d’un mythe disqualifié ? Nos mondes se sont relâchés, nos coeurs se nécrosent : c’est la communauté des amitiés perdues, des amitiés perverses contre une communauté d’outils flambant neufs que le successeur de Procuste - Prosthesis - tend aux sphères. Une offre sous conditions. Voici le temps qui montre en temps réel comment un tout acquiert un nature autre que celle des parties qui la composent. La technique est la part autonome qui fera émerger cet hiatus. Elle règne sur la sphère interfacielle des frères séparés. Elle emmène tout son petit monde dans son mouvement. On dit qu’elle divise pour mieux régner. C’est inexact. Le mouvement mouvemente, le bouillon n’a ni avant ni après, il est toujours primordial, il répugne au temps linéaire, mais il laisse dire, il ne s’offusque pas de se laisser attribuer un nom, pour un bouc il se fera bouc, pour une nain brun, l’étoile nomade, il se fera étoile nomade, pour l’esthète il fera le beau. Procuste était beau ? Prosthesis le sera aussi !
Parce que le mythe aussi fait retour, s’en est allé et s’en retourne, se narrant au jour le jour. La grande sphère mondaine est la servante du processus primordial, raconteuse de légendes non encore assumées par les scribes de la petite sphère. Qu’attendez-vous pour me donner un nom ? Je m’appelle Prosthesis et je vous offre ce que l’autre vous a enlevé, ce dont il vous a amputé, moi aussi, je peux être cruel et bon, je peux assouvir vos soifs et combler vos manques, je vous offre la peau bonne, le rein parfait et tous les bijoux dont se veut parer Gaïa, votre, notre socle dans le grand tout.
Avec la communauté technologique, avec Prosthesis, celui qui ajoute, c’est un Ouranos nouveau qui prend et pénètre la terre et fait renaître les petites sphères au milieu des cendres des anciennes sphères défuntes... Un fragments génésique pointant hors de ce marais d’agonie, des petites tumescences, fragments de chair neuve mis bout à bout. Des bouts se dressant devant la communauté technologique ébahie, car voyant l’horizon se soustraire à leur ultime vouloir.
À l’horizon, les fragrances impudiques d’un possible engendrement nouveau. Génésis ! “Qui êtes-vous?” Nulle réponse encore, mais un très singulier sourire à la pointe des bouts. “What is in a smile” : qu’y a-t-il dans un sourire (Shakespeare).

Les Breachers* sont germinaux ;
Pure fiction de quanta du vivant,
Ils sont à la charnière du monde des ancêtres
Et d’une espèce encore imprévisibles.
La multiplication fractale
Remplace celle du pain,
Sous l’œil rieur des Homonovus.
 
Vos corps sont des douces merveilles.
Vous donnez ce que vous laissez prendre.
Vos ailes sont là
Pour fuir ce qui nuit.
Et nous, ancêtres rassérénés,
Qui souffrions de consomption
À vouloir les brûler,
Nous mourrons dans vos bras donc,
D’un sommeil bercé de fertile douceur.    

 Breacher au Loge de la concièrge (Shukaba) Breacher (4) à la Loge de la concierge (Shukaba)

SUITE ; Adresse aux Ancêtres.
© Gelder - Parc

Notes :
Mouvementation ; J. Jaffelin :
1-
Jaffelin : Mouvemenattion.”"Il s'agit donc bien de passer du désir d'explication à une logique d'implication. "Il n'y a rien à savoir", affirme Jaffelin, "seulement un monde humain à inventer en permanence". La présente théorie se conçoit elle-même comme une nouvelle technique de pensée, dont le seul intérêt réside dans le bienfait qu'on peut en tirer. Ce bienfait apparaît déjà -nous semble-t-il- lorsque Jaffelin nous oblige à reconsidérer la plupart des concepts "clos" qui nous sont familiers (code génétique - communication - conscience - univers - système -auto-organisation, etc.) pour ne conserver que ceux qui expriment des processus et non des états. Il part à la chasse aux distinctions, préférant ne pas séparer les objets de leurs mouvements, les messagers de leurs messages. Tout mouvement, toute innovation transforme et le monde et celui qui l'opère. Il est donc plus juste de conjoindre forme et mouvement, matière et espace, espèce et environnement, etc., quitte à créer des néologismes tels que "trans-forme/mouvementation", par exemple, et de toute façon à changer radicalement d'axiomatique.
Dans sa perspective, nous sommes amenés à considérer toute quête des origines (de la vie, de l'univers) comme illégitime. Tout se transforme en permanence : "nous sommes aveuglés par 20 siècles de conception identitaire et numérique", affirme-t-il et il nous invite à considérer toute mesure du temps, qui suppose un référentiel mécanique (autoréférence), un commencement, comme "une flèche vide". L'irréversible, à ses yeux, engage par définition l'imprédictible, l'incertain...
Faute de pouvoir prédire et prévoir, cet aventurier qui "navigue dans l'ailleurs de tous les systèmes philosophiques" (E. Klein) nous invite à pratiquer essentiellement "l'art de penser" et de choisir comment continuer la transformation du monde humain ainsi que la transformation relative des mondes organiques et minéraux, sachant que "la seule esthétique qui vaille et le seul art qui mérite d'être cultivé, c'est celui des relations humaines".(Marcelle Maugin)


2- Isomérique : La transition isomérique est un mode de désintégration radioactive par lequel un isomère nucléaire libère tout ou partie de son énergie d'excitation sans subir de transmutation : les nucléons se réorganisent au sein du noyau dans une configuration de moindre énergie mais l'atome ne change pas de nature chimique.

3- Dextrogyres : En chimie, une molécule dextrogyre (« qui tourne à droite », du latin dexter, droite) a la propriété de faire dévier le plan de polarisation de la lumière polarisée vers la droite d'un observateur qui reçoit la lumière1. (Plus précisément, l'observateur en question voit le plan tourner dans le sens des aiguilles d'une montre2.) Une molécule dextrogyre est l'un des deux énantiomères d'une même molécule chirale, l'autre forme étant la lévogyre.

4 -Epigenèse ; Qu’est-ce que l’épigénétique? C’est souvent à Conrad Waddington (1905-1975) qu’on attribue l’invention du terme « épigénétique », en 1942, pour nommer « la branche de la biologie qui étudie les relations de cause à effet entre les gènes et leurs produits, faisant apparaître le phénotype ». La première mention de l’épigénétique dans la littérature est apparue au milieu du XIXème siècle, mais on peut faire remonter l’origine du concept à Aristote (384-322 av. J.-C.). Il croyait en une épigénèse : c’est-à-dire le développement d’une forme organique individuelle dérivée de l’informe. Ce point de vue contesté était le principal argument contre une forme de développement à partir de minuscules corps déjà formés. Encore aujourd’hui, la question de savoir dans quelle mesure nous sommes préprogrammés ou façonnés par l’environnement continue à susciter des controverses. Le domaine de l’épigénétique est apparu pour combler la brèche entre l’inné et l’acquis. Au XXIème siècle, la définition la plus courante de l’épigénétique est « l’étude des changements héréditaires dans la fonction des gènes, ayant lieu sans altération de la séquence ADN ».

5- A propos des Breachers ( cf lien ; Breaching - Anthropotechnologie -Homonvus)
Harold Garfinkel : Ethnométhodologie (Extrait) : ""Enfin, une des méthodes la plus originale est incontestablement le breaching ou provocation expérimentale. Garfinkel eut l’idée de le mettre en place afin de tester les rouages sociaux de la routine et le rôle de la confiance sans laquelle nos échanges ne pourraient avoir lieu. Il s’agit pour l’essentiel de provoquer des situations inhabituelles qui déstabilisent l’acteur dans sa vision du monde et dans ses préoccupations les plus banales. Dans la pratique, on peut exercer le breaching de milles et unes façons, par exemple, en appelant ses parents Monsieur et Madame (sans qu’ils soient au courant du caractère expérimental de cette attitude) afin d’observer leur réaction et d’inférer l’importance de l’accord entre les acteurs qui prévaut au sujet des situations habituelles. Sur le plan théorique, cette expérimentation vise donc à éclairer les procédures de normalisation utilisés par les acteurs. En cas d’un écart persistant à la norme attendue du comportement de l’autre, on se livre à une réinterprétation visant à normaliser les écarts, c’est à dire à les rendre acceptables. La confiance, reposant sur une compréhension mutuelle (faisant appel à l’indexicalité) est brusquement mise en défaut par le breaching, elle crée un état d’anomie transitoire et artificiel qui vient perturber le bon déroulement de l’action et déstabilise les acteurs dans leurs convictions presque inconscientes (puisque normales) qu’il y a une « réciprocité des perspectives » ou « interchangeabilité des points de vue », un savoir commun à propos d’une situation, bref, une normalité supposée par les acteurs, des situations et de la compréhension des situations par autrui."

Notes Bibliographiques :
La structure de la théorie de l'évolution, Stephen Jay Gould, NRF Essais, 2006
Le corps humain, conçu, supplicié, cannibalisé, Ss la dir. Maurice Gondelier et Michel Pannef,  CNRS, Paris, 2009.
Errance et solitude chez les jeunes, Ss la direct. de Sébastien Dupont et Jocelyn Lachance., ed. Téraèdre, Paris, 2007..
J. Baudrillard, Mots de passe, Lovre de Poche, 2000

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